jeudi 3 octobre 2019

Une Cosmologie de monstres de Shaun Hamill

"- Tu ne crois pas en Dieu ?
Il laissa tomber sa casquette sur la table. 
- On n'a jamais été présentés."

Une Cosmologie de monstres est le premier roman de Shaun Hamill. Publié chez Albin Michel Imaginaire, ce texte fantastico-horrifique est impressionnant de maîtrise. Malgré tout, j'ai été un peu déçue.

A Vandergriff, au Texas, Margaret Turner a ouvert une attraction autour d'une maison hantée afin de rendre hommage à son défunt mari, fan de l’œuvre de Lovecraft. Tandis que l'attraction commence à fonctionner, sa fille aînée disparaît, ainsi que d'autres enfants de la ville. Son autre fille, dépressive, passe son temps à écrire de longues lettres adressées à son petit frère Noah.

On m'avait promis monts et merveilles à la lecture de ce livre, et je dois dire que oui, il est vraiment bon, mais que non, ça n'a pas été un coup de cœur, et je n'ai même pas pleuré :/

Voici un roman à l'incipit saisissant : "Je me suis mis à collectionner les lettres de suicide de ma sœur Eunice à l'âge de sept ans." et effectivement l'histoire qui suit est prenante et remuante. Au début, on lit la jeunesse et la rencontre des parents du narrateur. Ils ont deux filles, puis le père apprend qu'il a un cancer. Le cachant à sa femme, il va se lancer dans un projet fou : construire une attraction horrifique dans son jardin pour Halloween, dans lequel toute la petite famille va s'impliquer malgré ses gros soucis d'argent. C'est le début d'une histoire fleurant bon la folie, la descente aux enfers et les dimensions indicibles. Noah, le petit troisième, né alors que son père agonisait déjà à l'hôpital, est le narrateur.

"- Et toi alors ! Tu ne crois pas que tu as passé l'âge des histoires de fantômes et de monstres.
- Je ne m'en suis jamais caché.
- Je suppose que je n'y avais pas réfléchi jusqu'à présent. Tu ne te sens pas un peu ridicule ? Pourquoi ne pas lire de la littérature pour adultes ?
- Je pense que le fantastique est le genre littéraire le plus important du monde."

Shaun Hamill use du fantastique dans son esprit originel : pour parler psychologie et folie. Il nous présente une certaine vision de l'enfer : disparition d'enfants, monstres qui grattent aux fenêtres la nuit, dépression et négligence, tentatives de suicide, bonjour l'angoisse. C'est vraiment bien (oui sérieusement).

Cela dit, pour moi, la malédiction qui poursuit surtout les enfants de cette histoire est celle de la négligence parentale et des secrets de famille. Qui laisse ses enfants seuls la nuit ? Qui ne parle jamais à un enfant de son père décédé quand il avait à peine quelques semaines ? Qui leur laisse lire Lovecraft à 8 ans ? A tel point que Noah, le narrateur, ne se sent lui-même que quand il porte son costume de monstre dans l'attraction horrifique familiale : à la fois caché et Autre, il se rêve plus fort, plus important, plus central.

Une cosmologie de monstres est aussi un roman sur l'écriture et la créativité, l'auteur torturé par ses démons, la question de savoir d'où viennent les idées monstrueusement glauques de certains écrivains (Lovecraft bien sûr, mais aussi King, et d'autres je suppose).

Chez le même éditeur et dans le même style, on trouve American elsewhere de Bennett. Je pense qu'en croisant les deux romans, on aurait peut-être bien obtenu un truc grandiose : la plume et la matière lovecraftienne de Hamill, et l'action quasi cinématographique de Bennett.

Au final, Une Cosmologie de monstres de Shaun Hamill est plus qu'une énième Lovecrafterie, même si je n'ai pas sauté au plafond. C'est un premier roman maîtrisé et l'on sent que l'auteur a puisé dans la matière lovecraftienne qu'il pratique depuis longtemps : il en connait les qualités et les défauts. Rien n'a l'air factice ou fabriqué : l'auteur retranscrit la vie normale  de gens normaux puis la folie de manière naturelle. Néanmoins, je regrette la mollesse de l'intrigue, le manque de force de l'action. C'est un roman à atmosphère et je n'ai pas eu la petite étincelle...

EDIT du 10.10.19 : je reviens vite fait sur cette chronique pour parler de la couverture d'Aurélien Police. Apparemment, en voilà encore une qui fait un peu de bruit (mais moins que l'histoire ridicule sur celle de Terminus, ouf). Donc, à titre perso, je la trouve très belle et réussie (quand Gromovar y voit des hémorroïdes, mais chut c'est une blague :') ). Quand je vois une couverture à tentacules, je ne m'attends pas forcément à voir Cthulhu débarquer : il est clair qu'on est sur un livre Lovecraftien, auteur qui est loin de se résumer à Cthulhu (et qui n'est pas du tout gore, faut réviser ses classiques). Le côté maison à l'envers fait penser à Stranger things et à tout ce qui peut impliquer une dimension indicible et cauchemardesque, ceci appuyé par des tentacules quasi métaphoriques au final.

ça c'est la couverture VO qui annonce
vachement plus la couleur, effectivement !

Ils l'ont lu : Feydrautha, Uranie, Xapur, Just a word, Gromovar (qui propose une interview de l'auteur), Yuyine, Célindanaé

Une Cosmologie de monstres 
de Shaun Hamill
Albin Michel Imaginaire - Octobre 2019
416 pages
Traduit de l'américain par Benoît Domis
Illustration de couverture par Aurélien Police
Papier : 24€ / Numérique : 11,99€
Titre original : A Cosmology of monsters - 2019

J'en profite pour souhaiter un bon anniversaire aux Éditions Albin Michel Imaginaire. Un an et déjà pas mal de bons bouquins à leur actif ! J'ai personnellement quelques préférés : 
  • [anatèm] de Stephenson bien sûr, un monument,
  • Terminus de Sweterlitsch qui m'a beaucoup plus marquée que je ne l'aurais cru,
  • Semiosis de Sue Burke, lumineux.

19 commentaires:

  1. Héhé. Je partage ton avis tsé ;-) J'attendais monts et merveilles aussi et je suis un peu déçue (je cogite ma chronique). J'ai bien aimé, mais pour moi, il manque un peu de peps (lié à la structure).... t'attends un peu LE truc pendant tout le livre... et ça n'arrive qu'à la fin... manque un peu de piment ;-)

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    1. AHAHAH ;-) (j'ai trouvé d'autres gens pas supra enthousiastes ;-) il y a moyen de monter un club secret).

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    2. Ce qui est dommage, c'est que le livre est bon, mais vraiment ! Mais c'est mou

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    3. Je me disais que ce n'était pas "abouti". Il aurait dû donner des éléments plus tôt (quand t'arrives à la "boule de poils"... tu te dis "ah-ah. okayyye" ;-)), pas tout déballer, mais jeter des miettes quoi.

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    4. Je pense que l'auteur a voulu donner ce rythme, mais ça n'a pas marché sur moi (enfin si au début)

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  2. Je crois que je vais faire l'impasse sur celui-ci. En revanche, je pourrais me lancer dans une séance de rattrapage avec "American elsewhere".

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  3. Le loup volant avec sa cape ne m'a pas rêver :)

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  4. Lol je voyais un gros chien �� du coup au debut ca le fait moyen ��

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    1. Disons aussi que le costume de Noah est miteux, je sais pas si ça influence pas un peu ma vision des monstres ! J'imagine aussi la bête de L'Histoire sans fin !

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  5. j'étais pas emballé de base par l'univers, là du coup ça confirme, je lirai Terminus qui est dans ma PAL et qui m'attend.

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  6. Pleurer ? mais pourquoi tu veux pleurer ?

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    1. C'est triste ce cancer non ?

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    2. Oh et puis je pleure tout le temps, c'est ma spécialité :')

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  7. Intrigant en tout cas. On va voir si dans quelques mois j'ai toujours envie de tenter ^^

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