jeudi 17 octobre 2019

⭐ La Fracture de Nina Allan

"Dans cette histoire, tout est vrai. Ou alors rien n'est vrai. Honnêtement, je ne sais plus."

La Fracture de Nina Allan est un roman aux frontières de la SF paru chez Tristram. Il devrait plaire aux amateurs de Christopher Priest !

En 1994, Julie Rouane, 17 ans, disparaît de chez elle. Alors que sa soeur Selena et sa mère tentent de se reconstruire, son père, persuadé qu'elle est toujours en vie, enquête de son côté. [SPOIL à un tiers] Vingt plus tard, Julie refait surface, et entreprend de raconter ce qui lui est arrivé.

Ce roman est paru sans étiquette, plutôt en littérature générale. Il faut dire qu'il est difficile de faire entrer La Fracture dans une case. C'est ma première rencontre avec l'autrice, et après une bonne centaine de pages d'attente, j'ai été récompensée par une histoire passionnante !

Au début, c'est Selena qui raconte l'histoire : la disparition de sa sœur Julie, l'enquête, son père qui s'enfonce dans la folie et le coup de fil qui change tout, des années plus tard.

J'avoue que cette première partie m'a semblé longuette. Mais, une fois que le twist qui n'en est pas un car il est donné dans le résumé, les choses deviennent enfin intéressantes !!! [SPOIL mais pas trop non plus, ça arrive à un tiers de l'histoire, et c'est dans le résumé officiel.]

La couverture VO, wahou
Julie refait surface, 20 ans plus tard, et c'est à ce moment que la réalité bascule. Elle va peu à peu dévoiler son histoire à sa sœur. C'est là que ça devient prenant, car ses descriptions de ce qui lui est arrivé sont passionnantes. L'autrice utilise des extraits de documents (coupure de journaux, œuvres fictives, lettres...) ce qui diversifie bien la lecture, et donne de l'intérêt supplémentaire à l'histoire.

C'est difficile de parler de La Fracture. Il y a beaucoup de mystère, et une vraie réflexion autour de la perception de la réalité. J'ai l'impression d'avoir lu un Priest féministe, un roman dans lequel l'autrice file la métaphore de la fracture - ou de la faille (entre sœurs, entre mondes, dans l'esprit...) pour nous montrer qu'il y a toujours quelque chose qui sépare. C'est sensible et très humain, imaginatif aussi.

Nina Allan évoque plusieurs fois le film Picnic at Hanging Rock, dans lequel il est question de jeunes femmes qui disparaissent dans une grotte en Australie (si j'ai tout compris, car je ne connais pas l’œuvre). Une seule d'entre elles en revient, mais elle est rejetée par ses camarades qui ne l'acceptent plus car elle est revenue changée, ou du moins parce qu'elle a vécue une expérience qu'elles ne vivront jamais, je suppose.

L'autrice cite aussi Stephen King, mais il faut connaître le roman Le Pistolero pour le savoir : "Il existe d'autres mondes que ceux-ci, songe Selena. Elle a l'impression que c'est une citation, mais de qui ?" et pour le coup ça donne vraiment un éclairage sur l'intrigue de La Fracture, connaissant l'histoire de La Tour sombre !

[SPOILER] Car Julie raconte être passée dans un autre monde : sur une autre planète. Celle qui avoue avoir toujours été "terrifiée par les trous noirs" semble plutôt faire l'expérience du trou de ver. L'autrice va ainsi s'amuser à imaginer la planète Tristane, et Julie tout comme le lecteur vont expérimenter les correspondances entre la Terre et Tristane, et se triturer le cerveau pour comprendre.

Pour résumer, La Fracture de Nina Allan chez Tristram est un roman passionnant, pour peu qu'on ait la patience d'atteindre le premier tiers de l'intrigue. Une fois cette étape passée, j'ai été happée par cette histoire à plusieurs niveaux de lecture, où la réalité est malmenée, à l'image d'un roman de Priest (j'ai particulièrement celui-ci en tête) mais qui serait féministe et versant surtout dans la SF. Voici encore la preuve qu'on peut utiliser la théorie du Chat de Schrödinger à l'échelle d'un roman ! Superbe !

J'ai maintenant très envie de me pencher sur les autres livres de Nina Allan : des suggestions ?

La Fracture
de Nina Allan
Tristram - Août 2019
405 pages
Traduit de l'anglais par Bernard Sigaud
Papier : 23,90€
Titre original : The Rift - 2017

10 commentaires:

  1. Je lis ta chronique en diagonale parce que je compte bien le lire, l'apprécier et prouver qu'on peut aimer Allan sans réellement aimer Priest. =P
    J'avais pris une baffe avec "La Course", qui met aussi du temps à se dessiner tout en étant intéressant dès le début. Et je suis justement en train d'attaquer, étonnant timing, "Complications". ^^

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    1. Y a rien à prouver, j'en doute pas une seconde ! Mais si on aime Priest, on a de grandes chances d'aimer Allan !
      On m'a déjà parlé de La Course, je vais devoir me pencher dessus !

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    2. Je reste sur si on aime Priest on aimera Allan... pour le reste je reviendrai. ;-)

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  2. J'étais sorti assez frustré de "La course" (qui pourtant avait collecté quelques jolies recensions). Pas sûr de me lancer dans celui-ci.

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    1. Si ne pas savoir ou la double réalité te frustre, laisse tomber oui ! (Pas lu La Course donc je ne peux pas en parler)

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  3. je viens de terminer ce roman. Pas du tout fan de SF ni de roman d'anticipation, je l'ai acheté sur un malentendu (je n'avais jamais entendu parler de Nina Allan) - mais quelle claque! Passées mes premières réticences, je me suis laissée complètement embarquer, fascinée par la puissance créatrice de l'auteure. C'est une merveille.

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    1. C'est plus ou moins de la sf mais pas de l'anticipation du tout, et je suis d'accord, un excellent roman !

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  4. En même temps j'ai envie de découvrir l'autrice et en même temps j'ai jamais trop accroché à Priest... je commencerais peut-être par un autre titre alors ^^

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