lundi 29 octobre 2018

American elsewhere de Robert Jackson Bennett

"Mona a l'impression de voir double en permanence. Sous la paisible ville de Wink se cache quelque chose de bien plus étrange, comme si elle distinguait à la fois un pan de tapisserie et la vieille couche de papier peint qu'elle recouvre."

American elsewhere est l'un des trois romans à inaugurer le nouveau département d'Albin Michel consacré à l'imaginaire et dirigé par Gilles Dumay (on a la classe ou on l'a pas). 

Ce récit horrifique de Robert Jackson Bennett bénéficie d'une couverture comme souvent réussie d'Aurélien Police. De plus, moi qui avais des doutes sur la maquette (les petits points blancs là !) finalement ça rend bien "en vrai". Objet validé. Qu'en est-il du contenu ?

Veillée par une lune rose, Wink, au Nouveau-Mexique, est une petite ville idéale. À un détail près : elle ne figure sur aucune carte. Après deux ans d’errance, Mona Bright, ex-flic, vient d’y hériter de la maison de sa mère, qui s’est suicidée trente ans plus tôt. Très vite, Mona s’attache au calme des rues, aux jolis petits pavillons, aux habitants qui semblent encore vivre dans l’utopique douceur des années cinquante. Pourtant, au fil de ses rencontres et de son enquête sur le passé de sa mère et les circonstances de sa mort (fuyez le naturel…), Mona doit se rendre à l’évidence : une menace plane sur Wink et ses étranges habitants.

Sera-t-elle vraiment de taille à affronter les forces occultes à l’œuvre dans ce lieu hors d’Amérique ?

Welcome to Wink ! On espère que vous ne comptiez pas repartir !

Beaucoup de choses m'ont plu dans ce roman. Le personnage principal, d'abord : une femme. Mona Bright, orpheline, hérite à la mort de son père de la maison de sa mère, maison dont elle ignorait l'existence et qui se trouve à Wink, ville située... apparemment nulle part. Bon elle finit par la trouver, sinon il n'y a pas d'histoire mais ça file déjà les chocottes, non ? Et donc une femme forte, déterminée, ancienne flic et abimée en personnage principal, c'est chouette.

J'ai énormément apprécié l'ambiance. L'auteur nous baigne dans plusieurs éléments qui se complètent :
  • La nostalgie des années 60 et du rêve américain (là pour la référence à King, on y est) 
  • Une atmosphère inquiétante, des personnes (ou pas) qui semblent être des dieux, des rituels étranges (Neil Gaiman, check)
  • Des lieux interdits dont un laboratoire au milieu du désert, abandonné dans la précipitation il y a des dizaines d'années
  • Un côté cinématographique, très visuel. Wink m'a fait penser autant à Derry (dans le premier It) qu'au quartier multicolore factice d'Edward aux mains d'argent de Burton qui cache bien des secrets (notamment la scène où les hommes partent travailler et les femmes restent à la maison s'occuper des enfants, alors là j'y étais vraiment). Puis Donnie Darko, obligé.
L'ombre de Lovecraft fait plus que planer sur ce roman :

"Elle se souvient de Laura, regardant par la fenêtre et décrivant des choses qui n'étaient pas là : de vieux bâtiments, des milliers de cavernes, des cités sous la glace..."

Et ce pour mon plus grand bonheur. Il y a des moments de réelle flippe ou de vrai beurk aussi. Excellent.

Puis il y a ce rapport à la mère. Si essentiel et pourtant si souvent compliqué. La mère absente, la mère abusive, la mère qui n'a pas été/qui aurait pu être... C'est un aspect du livre qui m'a touchée, parce que monstre ou pas, on vient tous de quelque part.

Au final, American elsewhere est un puzzle horrifique intelligent, lovecraftien, quasi cinématographique. Robert Jackson Bennett nous offre un moment de lecture effrayant et remuant à plus d'un titre.

American elsewhere
de Robert Jackson Bennett
Albin Michel Imaginaire - Septembre 2018
784 pages
Traduit de l'américain par Laurent Philibert-Caillat
Illustration de couverture d'Aurélien Police
Papier : 29€ / Numérique : 16,99€
Titre original : American elsewhere - 2013

enregistré en public aux Utopiales :
 

15 commentaires:

  1. Je l'ai commencé et je ne suis pas rentré dedans. Je le reprendrai plus tard. ;-)

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    1. Comme tu le sais moi aussi et puis finalement d'un coup hop j'étais dedans

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    2. Oui, je sais...
      Mais je n'ai lu que les 15-20 premières pages, ca ne compte pas ! ;-)

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    3. Oh effectivement j'appelle pas ça commencer lol

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  2. C'est vrai que c'était choquant ces petits points au départ, mais finalement tout le monde s'y est fait et personne ne s'en plaint. =O
    Quant à ce livre, définitivement pas pour moi. ^^

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    1. Les petits points d'AMI, toute une histoire !
      Contente de voir que mon avis t'éclaire !

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  3. Top ta chronique, j'aime beaucoup ;)
    Je suis assez d'accord avec toi sur les bordures des couv' mais au final en version papier ça passe bien !

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    1. Merci ! Et oui en vrai c'est vraiment joli

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  4. Je pense le lire un jour, faut juste que je me cale un créneau pour ^^

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    1. Oui il est assez conséquent même si facile à lire !

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  5. Voilà un roman qui fait l'unanimité : peut mieux faire, mais oui !
    Comme toi, j'ai trouvé le roman très cinématographique. Et plus le temps passe, plus les images se révèlent dans mon esprit. Dans un an, j'aurais vu le film !

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    1. Vraiment très visuel oui ! J'attends l'émission de France Culture enregistrée hier aux Utos pour en savoir plus sur les inspirations et intentions de l'auteur !

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    2. Voilà voilà :
      https://www.franceculture.fr/emissions/mauvais-genres/utopiales-2018-gilles-dumay-robert-jackson-bennett

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  6. Les éléments que tu listes moi aussi beaucoup plu même si je tique un peu que Mona mette tant de temps à trouver qu'il se trame quelque chose alors qu'elle possède quelques compétences d'ex flic (elle a bien gardé le réflexe de mémoriser les plaques d'immatriculation !). J'ai tout de même bien apprécié cette histoire :)

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