jeudi 7 janvier 2021

Nouvelles complètes I : 1947-1953 de Philip K. Dick

Nouvelles complètes I : 1947-1953 est une intégrale des textes courts de Philip K. Dick écrits sur cette période. C'est Quarto chez Gallimard qui édite cette somme incroyable, suivie par un second tome concernant les années 1954 à 1981, avec un gros travail de fond de Laurent Queyssi qui présente et annote les deux ouvrages.

Ce premier tome contient pas moins de 69 nouvelles, écrites en 7 ans par Philip K. Dick. Ce furent les années les plus prolifiques de sa carrière dans ce format !
 
Véritable laboratoire d'idées, de thèmes et de personnages, les nouvelles constituent à la fois les soubassements et une pierre angulaire de l’œuvre dickienne et servent de catalyseurs d'idées pour les romans. Présentées ici dans l'ordre de leur composition, elles sont accompagnées d'un appareil critique inédit qui permet de découvrir la vie et le processus littéraire de Dick.
 
Cet article se veut évolutif au fur et à mesure de ma lecture, car je compte étaler celle-ci sur l'année 2021. Ce sera ma principale participation au #ProjetOmbre.
 
Je vous parlerai d'abord de la préface passionnante de Laurent Queyssi, avant de détailler chaque nouvelle une par une. J'en ai bien sûr déjà lu certaines, comme Petit déjeuner au crépuscule, Nouveau modèle, Braconniers du cosmos, Des nuées de martiens etc. Souvenirs à vendre, qui a inspiré le film Total Recall, fait partie du second tome (et est bien différente de son adaptation par Paul Verhoeven en 1990). Je suis très contente de pouvoir les relire, notamment Petit déjeuner au crépuscule qui m'a beaucoup marquée.

PRÉFACE
 
La préface, intitulée Le Doigt sur le pouls de l'Amérique : Dick nouvelliste, nous explique le parcours de l'écrivain dont certains se rappellent plus pour ses excellents romans plus tardifs que pour les nouvelles qui ont pourtant lancé sa carrière et donné naissance à tant d'adaptations cinématographiques.

Il a commencé par publier dans les pulps et a fini par se retrouver au catalogue de la prestigieuse maison d'édition Library of America équivalent de notre Pléiade.
 
Queyssi nous parle des auteurs qui ont inspiré Dick (comme Van Vogt), des éditeurs qui lui ont fait confiance et aussi de ceux avec qui il a eu du mal à travailler (notamment Horace Gold de Galaxy qui avait la fâcheuse habitude de modifier ses textes sans lui demander son avis ou encore Campbell d'Astounding qui trouvait Dick trop névrotique, celui-ci en avait autant à son service cela dit). 
 
Fort intéressant après avoir lu l'Histoire de la science-fiction en bande-dessinée de Dollo et Morissette-Phan qui m'a donné un bon contexte !
 
👉 LES NOUVELLES

STABILITÉ (Stability - 1947)
(Lu le 3 janvier 2021)
Arrivée à son apogée, la civilisation a décrété la Stabilisation, pour ne pas décliner. La société est vouée par ce régime politique à ne plus évoluer et les comportements sont scrutés. Si vous sortez du moule, vous disparaissez. Les inventions également sont méticuleusement régulées afin de ne pas trop modifier la façon de vivre. Benton est un jour convoqué chez le Contrôleur qui lui annonce que son invention est refusée. Pourtant il ne se souvient pas avoir déposé de brevet ni inventé quoi que ce soit. Il reconnaît pourtant son écriture et sa signature sur les formulaires officiels. Curieux, il emporte la maquette chez lui et l'actionne ! Il se met alors à tomber...
Avec Stabilité, Dick nous offre une intrigante et glaçante nouvelle à chute comme il sait les écrire !

ROUG (Roog - 1951) 
(Lu le 10 janvier 2021)
Roug est un texte court et déroutant ! Le malaise est total. L'histoire ? Un chien dans un jardin s'énerve très spécifiquement sur les éboueurs en aboyant Roug ! Roug ! Au départ on pense à de la paranoïa mais les fameux rougs ont des conversations bien étranges devant le chien, l'appelant Le Gardien et nommant la poubelle l'Urne à Offrandes. Dans la maison, le couple complètement normal qui possède le chien vit une vie banale, ce qui accentue l'effet de malaise produit par ce qui se trame à l'extérieur... Bizarre, bizarre !!
 
LA RÉVOLTE DES JOUETS (The little Movement - 1951)
(Lu le 17 janvier 2021)
Dans La Révolte des jouets, un petit garçon se voit offrir par son père un soldat de plomb mécanique à ressort acheté à un marchand ambulant. Rapidement, le soldat se met à parler, puis à diriger l'enfant, l'enjoignant même à l'appeler Monseigneur et évoquant un projet de prise de contrôle à grande échelle. 
On pense à un Toy Story qui aurait mal tourné mais aussi à une autre nouvelle de l'auteur, Nouveau modèle parue en 1953, qui a inspiré le film Planète hurlante. Décidément, Dick est le roi du malaise ! 

L'HEURE DU WUB (Beyond lies the Wub - 1951)
(Lu le 24 janvier 2021)
Mars. Des hommes sont chargés de transporter des marchandises martiennes vers la Terre. Au dernier moment, un membre d'équipage embarque un Wub, qui ressemble à un énorme cochon. Sauf qu'il est bien plus évolué qu'un porc. Seul le commandant semble décidé à le manger, alors que le Wub parle même anglais... Et il ne se laissera pas faire !


LE CANON (The Gun - 1952)
(Lu le 31 janvier 2021)
Un vaisseau arrive sur une planète qui semble avoir été vitrifiée par une guerre nucléaire. Il se fait descendre par un énorme canon, et l'équipage ne sait pas qui pourrait encore être vivant dans cet environnement apocalyptique et l'actionner.
Cette nouvelle aurait pu en partie inspirer le film Planète hurlante, adapté du texte Nouveau modèle qui avait lieu sur Terre, parce qu'ici on trouve une planète où la guerre ne s'arrête pas même faute de survivants. 


LE CRÂNE
(The Skull - 1952)

(Lu le 7 février 2021)
Futur, les humains ont essaimé dans le système solaire. On demande à un prisonnier ancien "chasseur" de se racheter en partant dans le passé pour tuer le fondateur de l’Église, religion qui prêche la paix et grâce à laquelle il n'y a plus de guerres, avant qu'il ne la fonde, justement. Pour qu'il puisse le reconnaître, on lui confie le crâne du prophète, devenu une relique.
Le Crâne est vraiment passionnant, même si l'on devine très vite le twist de fin. Au final l'intérêt réside dans le fait que le lecteur sait, mais que le narrateur ne sait pas. Le texte est plus long que les précédents, et aborde le voyage dans le temps, la vie sur Mars, la naissance des religions, les guerres, la vie dans une petite ville, le communisme et la chasse aux sorcières... Tout ça en une vingtaine de pages !

LES DÉFENSEURS (The Defenders - 1952)
(Lu le 14 février 2021)

Suite à une guerre entre les Russes et les Américains, les humains sont tous descendus vivre sous la surface de la Terre pour survivre aux radiations et aux destructions. Depuis, ce sont les robots qui continuent les combats pour les différentes nations. Ils transmettent des nouvelles et images catastrophiques de la surface, mais au bout de huit ans, le doute s'installe : est-ce bien la réalité que ces machines montrent à la population terrorisée ?
Les Défenseurs est une excellente nouvelle de l'auteur qui interroge le sens (ou le non-sens) de la guerre. 
 
 
 
MONSIEUR LE VAISSEAU (Mr Spaceship - 1952)
(Lu le 21 février 2021)

Tout commence par la guerre (pas de doute, c'est Dick) contre des extraterrestres. Seulement, ceux-ci utilisent des mines organiques, vivantes, pour intercepter les vaisseaux humains contrôlés par ordinateur, qui échouent tous à passer les lignes ennemies. Pour les contrer, Philip Kramer, ingénieur, a une idée folle : envoyer un cerveau humain aux commandes d'un vaisseau, pour des décisions moins prévisibles. Cela m'a fait penser à un certain roman de Liu Cixin.
Dans ce texte, Philip K. Dick réfléchit à la guerre, culturelle ou innée ? Malgré une résolution trop biblique, j'ai apprécié la balade dans l'espace !
 
"La guerre est le produit de l'évolution humaine au même titre que les autres formes culturelles : l'astronomie, les mathématiques... Elle fait partie de nos vies, elle suscite des carrières, des vocations respectables. De jeunes gens brillants y concourent, hommes ou femmes, et font tourner la roue à la seule force de leurs épaules. [...] 
Mais la guerre est-elle innée chez les êtres humains ? Je ne le crois pas. Les comportements sociaux ne le sont jamais."
 

TO BE CONTINUED...

Nouvelles complètes : 1947-1953
de Philip K. Dick
Gallimard - Quarto - Octobre 2020
1277 pages
Présenté et annoté par Laurent Queyssi
Traduit par Hélène Collon, Emmanuel Jouanne, Alain Dorémieux,
Pierre Billon,Pierre-Paul Durastanti, Michel Demuth, Jacques Parsons,
Mary Rosenthal,  Pierre K. Rey, Bruno Martin, France-Marie Watkins,
Ben et Christine Zimet, Marcel Thaon, Jean-Pierre Pugi.
Papier : 28€

10 commentaires:

  1. Ok, tu me donnes envie de sortir mes intégrales pour enfin m'y mettre aussi XD
    En plus ça fait longtemps que je n'ai pas (re)lu du Dick...

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    1. Les nouvelles sont courtes en plus, en lire une par semaine sera easy !

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  2. Elle fait combien de pages la préface ?

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    1. Je crois que les nouvelles commencent vers la 130e page, avant il y a plusieurs paratextes !

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    2. Oh my god... Je crains de devoir passer à la caisse pour lire ceci...

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  3. je vais suivre, j'aimerais bien découvrir Philip K.Dick en 2021, mais pas avec un gros pavé, pourquoi une nouvelle par ci par là ou une novella, beau programme au menu.

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    1. Il y a des recueils plus courts comme Total recall chez Folio SF ou Electric dreams, édité après la production de la série anthologique du même nom : http://unpapillondanslalune.blogspot.com/2018/06/serie-philip-k-dicks-electric-dreams.html

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  4. C'est chouette cette idée d'article évolutif. Je vais suivre ça avec attention. En tout cas le pavé donne envie!

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