jeudi 8 avril 2021

❤ L'Hôtel de verre d'Emily St John Mandel

"Envolez-moi."

L'Hôtel de verre d'Emily St John Mandel aux éditions Rivages/Noir est un roman inclassable, sombre et formidable.

« Et si vous avaliez du verre brisé ? » Comment cet étrange graffiti est-il apparu sur l’immense paroi transparente de la réception de l’hôtel Caiette, havre de grand luxe perdu au nord de l’île de Vancouver ? Et pourquoi précisément le soir où on attend le propriétaire du lieu, le milliardaire américain Jonathan Alkaitis ? Ce message menaçant semble lui être destiné. Ce soir-là, une jeune femme prénommée Vincent officie au bar ; le milliardaire lui fait une proposition qui va bouleverser sa vie. D’autres gens, comme Leon Prevant, cadre d’une compagnie maritime, ont eux aussi écouté les paroles d’Alkaitis dans ce même hôtel. Ils n’auraient pas dû…

J'avoue avoir décidé de lire ce livre grâce au seul nom de l'autrice de Station Eleven. Je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre et je n'ai pas été déçue ! 

Il n'est pas aisé de résumer cette histoire à la narration éclatée. Il semblerait qu'elle soit une préquelle à Station Eleven, du moins qu'elle se passe dans le même univers littéraire. L'intrigue se dessine lentement tandis que l'autrice nous en raconte des fragments via des personnages différents à divers moments de leur vie. Ce qui les lie ? Un hôtel de luxe isolé sur la côte de Colombie Britannique et son propriétaire, un homme riche et puissant nommé Jonathan Alkaitis. 

La couverture parfaite
Emily St John Mandel nous fait traverser la fin du XXè et le début du XXIè siècle en compagnie de ses personnages : Vincent, une jeune femme d'origine modeste dont la mère s'est mystérieusement noyée quand elle était adolescente, son demi-frère Paul dont elle n'est pas très proche, John Alkaitis son amant de 35 ans son aîné, mais aussi des employés et des investisseurs d'Alkaitis. Un vrai puzzle, passionnant, dans lequel l'autrice distille des indices sur ce qui se trame, avec une virtuosité impressionnante.

Le contexte de l'intrigue tourne autour de la crise financière de 2008 et ses conséquences : le passage d'une vie opulente pour certains, déjà pas facile financièrement pour d'autres, à l'éclatement de la bulle spéculative, véritable onde de choc qui a ruiné des millions d'américains (et pas que) et même des villes entières (Detroit par exemple). D'un atelier d'artiste au pied à terre New-Yorkais d'Alkaitis, en passant par un porte-conteneurs battant pavillon panaméen au large de la Mauritanie, l'autrice démontre l'impermanence des choses et nous mène inexorablement vers une conclusion qui m'a évoqué du David Vann.

J'ai apprécié les petites touches de fantastique qu'a ajoutées Emily St John Mandel, comme la "contrevie" d'Alkaitis lors de laquelle il imagine comment les choses auraient pu être différentes s'il avait fait d'autres choix, sortes de réalités alternatives. Peut-être que vous croiserez aussi quelques fantômes dans le dernier tiers du roman, métaphores de la culpabilité, mais pas seulement.

L'autrice met talentueusement en scène ce drame où les vies se croisent et s'entremêlent. Revisitant LE scandale financier des années 2000, elle raconte le destin tragique de ses personnages, nous permettant d'entrevoir les répercussions de la crise dite "des subprimes" et nous liant à Vincent jusqu'à l'implacable dénouement de ce roman virtuose. J'en suis encore soufflée. L'Hôtel de verre d'Emily St John Mandel, est sorti chez Rivages/Noir en début d'année.

L'Hôtel de verre
d'Emily St John Mandel
Rivages/Noir - Mars 2021
300 pages
Traduit par Gérard de Cherge
Papier : 22€ / Numérique : 16,99€
Titre original : The Glass Hotel - 2020

8 commentaires:

  1. "Envolez-moi." : Jean-Jacques Goldman approuve cet incipit d'article.
    C'est marrant, dans tes deux chroniques sur l'autrice tu parles de puzzle, je crois qu'on peut dire que c'est une vraie caractéristique. ^^ Et ça m'intrigue, il faut vraiment que j'en tente un, je le note.

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    1. Oui elle est très très forte. Pour une lecture moins noire, vise Station Eleven si tu préfères.

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    2. Et pour JJG grave, à chaque fois que je lis la phrase, ça marche

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  2. Je plussoie : c'est beau, étrange et envoutant !

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  3. J'ai lu tous ses livres. Et à chaque fois, je me replonge dans l'atmosphère si particulier de ces histoires avec les personnages qui vont et viennent de nulle part, sans qu'ils sachent vraiment ce qu'ils veulent faire de leur vie.
    Un brin d'atmosphère absurde et poétique. C'est formidablement bien écrit et c'est envoûtant.

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    1. Envoûtant c'est vraiment le mot, quelle romancière formidable !

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  4. Je viens de le finir j'ai adoré! Mais je ne suis pas surprise ^^

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