mardi 27 novembre 2018

☆ Underground Airlines de Ben H. Winters

Underground Airlines est une uchronie dystopique (et un thriller aussi) de Ben H. Winters publiée chez ActuSF. Après sa trilogie crépusculaire Dernier meurtre avant la fin du monde, que j'avais beaucoup appréciée, j'étais curieuse de découvrir ce nouveau titre, une uchronie dont  le point de divergence est la Guerre de Sécession : elle n'a pas eu lieu.

Amérique. De nos jours. Ou presque.
Ils sont quatre. Quatre États du Sud des États-Unis à ne pas avoir aboli l'esclavage et à vivre sur l'exploitation abjecte de la détresse humaine. Mais au Nord, l'Underground Airlines permet aux esclaves évadés de rejoindre le Canada. Du moins s'ils parviennent à échapper aux chasseurs d'âmes, comme Victor. Ancien esclave contraint de travailler pour les U.S. Marshals, il va de ville en ville, pour traquer ses frères et sœurs en fuite. Le cas de Jackdaw n'était qu'une affaire de plus... mais elle va mettre au jour un terrible secret que le gouvernement tente à tout prix de protéger.

Voici une lecture difficile et prenante, dévorée en quelques jours.

Dans cette Amérique, la Guerre de Sécession n'a pas eu lieu. L'esclavage est toujours légal dans quatre états du Sud. Victor, le narrateur, est un noir qui traque des esclaves évadés qui tentent de passer au Canada. S'il ne le fait pas, il sera renvoyé dans sa plantation. Ben H. Winters fait de son narrateur un anti-héros désespéré comme il sait si bien en écrire, forcé de lutter contre son humanité et de faire preuve d'égoïsme pour s'en sortir. C'est aussi un véritable enquêteur caméléon, dont le parler est très accrocheur pour le lecteur (moi j'ai adoré lire ses réflexions !). Victor porte littéralement le livre. 

L'intrigue est bien menée. Pour son enquête, Victor doit retrouver un jeune esclave évadé, Jackdaw. Mais l'affaire semble plus compliquée que prévu. Il va aussi rencontrer Martha, une jeune blanche et son fils Lionel, un métisse et se lier d'amitié avec eux. Le thriller est prenant, un vrai page turner. Mon seul reproche sera pour les facilités de résolution de situations problématiques.

Ce qui m'a le plus marquée dans ce roman, c'est surtout son contexte, et c'est là tout le propos de l'auteur. Parce que cette Amérique uchronique ressemble beaucoup trop à l'Amérique réelle. Pas par un défaut d'écriture, mais par la situation vécue chaque jour par la population noire aux États-Unis. Hasard du calendrier, j'ai terminé ma lecture le jour où a commencé le procès d'un néo-nazi, qui a tué une personne pendant une contre-manifestation à Charlottesville. La manifestation de départ était organisée par des suprémacistes blancs, notamment du Ku Klux Klan, pour empêcher la ville de Charlottesville de déboulonner la statue d'un général sudiste favorable à l'esclavage... Trump a refusé de condamner spécifiquement les mouvements d'extrême-droite. 

Underground Airlines, malgré quelques défauts, atteint son but : dénoncer la société américaine telle qu'elle est aujourd'hui, en imaginant un maintien de l'esclavage dans certains états. Cela fonctionne et avec le recul, ça ne paraît pas si invraisemblable que ça, loin de là. Parce qu'il suffit parfois d'un seul événement, d'une décision, pour changer l'Histoire, et cela, l'uchronie sait parfaitement nous le rappeler. 

La postface signée Bertrand Campeis, co-auteur du Guide de l'uchronie, amène des éléments de réflexion et des idées de lecture pour compléter sur ce thème de la Guerre de Sécession.

L'avis de Yogo, Xapur

Underground Airlines
de Ben H. Winters
ActuSF - Octobre 2018
440 pages
Traduit par Eric Holstein
Illustration de couverture par Diego Tripodi
Papier : 19,90€ / Numérique : 9,99€
Titre original : Underground Airlines - 2016

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