vendredi 2 décembre 2016

Water knife de Paolo Bacigalupi

"L'eau coule toujours vers l'argent."

Water knife est un thriller d'anticipation climatique de Paolo Bacigalupi, publié chez Le Diable Vauvert. L'auteur, très concerné par l'avenir de la planète, y aborde une thématique qui fera de plus en plus parler d'elle dans les prochaines décennies (ou même années) : les conflits autour de l'or bleu.

Dans un futur proche, la guerre de l'eau fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez protège les intérêts de la Southern Nevada Water Authority. Pour cela, il coupe l'eau ou assassine les personnes indésirables. Envoyé à Phoenix, il y rencontre Lucy Monroe, une journaliste endurcie, et Maria Villarosa, une migrante texane rêvant de fuir vers le nord. 

Voici un roman que j'attendais avec impatience : le dernier Bacigalupi. Après avoir lu La Fille-Flûte et autres fragments de futurs brisés et Ferrailleur des mers, j'ai pu me rendre compte que ce qui tient à cœur à cet auteur, c'est l'écologie et l'avenir de la planète (et donc de l'humanité), un peu comme Jean-Marc Ligny. Water knife reste donc dans la ligne éditoriale (adulte) de Bacigalupi. Attention, c'est un thriller violent.

Un petit verre d'eau ?
Futur proche, Phoenix. Un jeune avocat de l'eau est tué après avoir été torturé. Il affirmait détenir des documents qui allaient changer la face de cette Amérique moribonde aux états en lutte permanente pour les droits sur l'eau, et donc pour leur survie. Lucy, son amie journaliste, va enquêter sur son meurtre, tout comme Angel, un mercenaire à la solde de Catherine Case, qui contrôle l'eau à Vegas. Le tout dans un environnement hostile : le désert, les milices, les gangs et petits caïds, les réfugiés climatiques...

Bacigalupi nous avait donné un aperçu de ce monde dans Le Chasseur de tamaris, une nouvelle qui exposait clairement l'importance de l'eau et de son contrôle, en nous faisant suivre un homme chargé d'éradiquer les tamaris qui absorbaient l'eau au bord d'un fleuve. C'était en fait un préambule à Water knife. Aux USA, il existe des droits sur l'eau très stricts (lire cet article à ce sujet) et l'auteur imagine (enfin à peine, il s'inspire largement de situations réelles - il n'y a qu'à voir la sécheresse régulière et les incendies récurrents en Californie qui a déjà connu des "guerres de l'eau" ou au Texas ou encore l'assèchement progressif du fleuve Colorado pour s'en convaincre) il imagine donc un futur dans lequel le réchauffement climatique provoque d'immenses déplacements de réfugiés depuis le Texas et surtout pousse les villes à se battre pour l'accès à l'eau, dont le coût a évidemment explosé.

Le fleuve Colorado
J'ai trouvé ce roman sombre, violent, et vraiment effrayant. Malgré tout, l'auteur arrive à proposer des solutions (parfois mauvaises, parfois bonnes mais mal exploitées par l'humanité de son livre) comme le Clearsac, un sac dans lequel on peut recycler l'urine : on fait pipi dedans, et on boit tout de suite ! (En fait je soupçonne Water knife d'être un prequel à Dune :p ) Pour ce qui est des personnages, leurs rapports sont pour le moins intenses et après avoir peiné sur le puzzle des premières pages, j'ai dévoré les deux derniers tiers du récit. 

"Un sombre ruban d'eau, sinuant à travers le désert, coupant entre les montagnes déchiquetées. 
La lumière de la lune se déversait sur les eaux, argentée. 
Le fleuve Colorado.
Il ondulait comme un serpent dans le paysage pâle du désert. La Californie n'avait pas encore enfermé cette partie du fleuve dans un pipeline, mais cela ne saurait tarder. Toute cette évaporation - on ne pouvait pas laisser le soleil voler l'eau tout de même."

Pour résumer, Water knife est un thriller d'anticipation climatique de Paolo Bacigalupi, publié chez Le Diable Vauvert. Dans ce roman sombre et violent, l'auteur pointe que l'or bleu sera un enjeu-clé de notre futur proche (en fait il l'est déjà), en s'appuyant sur des situations déjà existantes... Effrayant et éclairant en tous points. Nous ne pourrons pas dire que nous n'avons pas été prévenus.
Un thriller qui donne soif
A noter : pendant ma lecture, la Slovénie a inscrit le droit à l'eau potable dans sa constitution, faisant de l'eau un bien non privatisable (mais pas sa gestion).
 
Chez Lorhkan, Blackwolf, Gromovar, Xapur, Just a word

Water knife
de Paolo Bacigalupi
Le Diable Vauvert - Octobre 2016
487 pages
Traduit de l'américain par Sara Doke
Papier : 23€ / Numérique : 12,99€
Titre original : The Water knife - 2015

10 commentaires:

  1. il existe des systèmes filtrant pas excessif en prix pour recycler n'importe quel eau , j'ai pas demandé mais sans doute que pour l urine cela doit se faire aussi :)
    en tout cas celui la dés le format poche je le prend :)

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    1. Oui finalement le plus effrayant et intéressant dans ce roman c'est qu'il se base vraiment sur la réalité, en transposant ça à grande échelle.

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  2. M. Vert l'aura sous le sapin, je le rattraperais après (de préférence avec beaucoup de chocolat parce que ça a pas l'air d'être très joyeux ^^).

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  3. La raréfaction de l'eau est une problématique qui me tient à coeur : je m'oblige depuis de nombreuses années à ne boire que des boissons alcoolisées et je noies jamais mon pastis.
    Ta critique me donne envie de lire ce roman, il me donnera des arguments contre ceux qui me traitent d’alcoolique !

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    1. L'eau ça fait rouiller, il ne faut pas l'oublier !

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  4. Si tu signales que c'est un thriller violent, c'est qu'il ne s'agit d'un alerte plus forte que de premier niveau ? Ouh, cela me refroidit, j'ai un petit cœur sensible, moi. Je reste curieuse tout de même ;)

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    1. J'ai une grande tolérance à la violence dans les romans, donc si je dis thriller violent tu peux t'attendre à de la torture, des morts, des gangs, des meurtres par hyènes, etc. Voilà voilà.

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