mercredi 7 janvier 2015

☆ Le Grand Livre de Connie Willis

Le Grand Livre est un roman sur le voyage dans le temps écrit par Connie Willis, qui a reçu les Prix Hugo, Locus et Nebula (rien que ça). Il existe en poche et a été récemment republié en grand format (beau livre !) chez J'ai Lu, suivi de Sans parler du chien.

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d'utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l'idée qu'ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l'an 1320, afin d'étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu'aucun de ses contemporains n'a encore visitée : le Moyen-Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d'études de Kivrin, l'archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens, sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s'inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…

De Connie Willis, j'ai lu l'excellent diptyque Blitz (Black-Out et All Clear) dans le même univers que Le Grand Livre et Sans parler du chien (et la nouvelle Les Veilleurs du feu). Dans ce cycle, qui a pour point de départ 2054, les historiens et étudiants en Histoire d'Oxford utilisent une machine à voyager dans le temps pour vivre les grands événements historiques. Une toute autre façon de voir l'Histoire ! Ils sont préparés, reçoivent des implants pour les langues, apprennent les us et coutumes, se font vacciner, etc... puis sont envoyés dans l'époque qu'ils étudient.

Kivrin, pour son premier voyage, n'a pas choisi la facilité : elle convoite le Moyen-Âge, en 1320. Dunworthy, son professeur, pense que c'est trop dangereux (entre les bandits, le manque d'hygiène et la façon dont étaient traitées les femmes à l'époque) et la prévient. Elle part tout de même. Dunworthy s'en veut beaucoup de l'avoir laissée partir, et s'inquiète à juste titre lorsque le tech qui s'est occupé du transfert vient le voir en disant que quelque chose cloche...

C'est parti pour plus de 400 pages entre deux époques : le Moyen-Âge avec une Kivrin affaiblie, et 2054 avec une... épidémie et une quarantaine ! Comme à son habitude, Connie Willis déroule son récit presque en temps réel, privilégiant les personnages et leurs relations, et les émotions des narrateurs. Ce type d'écriture permet de ressentir la frustration (essentiellement !) des personnages, et de les comprendre. On s'y croirait, quel bonheur !

Le roman est centré sur le thème de la religion, celle-ci étant omniprésente au Moyen-Âge. Ce n'est pas ma tasse de thé, cependant Connie Willis a réussi à en parler sans m'en dégouter, ce qui est plutôt fort. Il est ici question d'apocalypse. D'ailleurs le titre VO : Doomsday Book permet à l'auteure de jouer sur les mots : c'est d'un côté le nom du registre fiscal cadastral de l'époque qui sert aux historiens, mais littéralement, c'est aussi le "Livre du jour du jugement dernier". Car Le Grand Livre, de prime abord gentillet, permettant de découvrir la vie d'une famille aisée au XIVè siècle, et de faire la connaissance de Colin Templer (Les lecteurs de Blitz le connaissent), devient de plus en plus dur, jusqu'à une apothéose qu'on pourrait qualifier d'horrible et qui, on l'imagine, donne réellement une sensation d'apocalypse aux personnages.

Pour l'anecdote, le roman a été écrit au début des années 90. Connie Willis n'a pas intégré les communications sans fil, ce qui fait que ses personnages, en 2054, passent leur temps à courir d'un téléphone filaire à l'autre (mais en visio-conférence, c'est déjà pas mal !). Cela dit ce serait comme reprocher le fax à Retour vers le futur 2 ("Vous êtes viré !"), alors que c'est tellement savoureux. Et puis elle utilise un "localisateur" manifestement ancêtre du  GPS. C'est toujours sympa de lire un livre de SF qui date un peu (et oui, 23 ans déjà), et de découvrir comment l'auteur imaginait le futur à l'époque !

Je termine sur l'objet-livre, que j'ai reçu pour Noël. Il est superbe, avec sa couverture cartonnée et son titre brillant. Un très bel ouvrage !

Pour résumer, Le Grand Livre de Connie Willis, réédité chez J'ai Lu en grand format, est un excellent roman de voyage dans le temps, plus dur qu'il n'y parait de prime abord. L'écriture de l'auteure met en avant les émotions et les relations inter-personnages plutôt que l'action (somme toute presque absente). Cela n'empêche en rien le roman d'être prenant et remuant, et je me suis rappelée le plaisir éprouvé à la lecture du Diptyque Blitz l'année passée. Veinarde que je suis, il me reste encore Sans parler du chien à lire !


http://unpapillondanslalune.blogspot.fr/2014/11/lune-voyage-dans-le-temps.html

Lecture n°20
dans le cadre du challenge
SFFF au féminin

Le Grand Livre (suivi de Sans parler du chien)
de Connie Willis
Editions J'ai Lu - novembre 2014
955 pages
Traduit de l'anglais par Jean-Pierre Pugi
Papier : 29,90€ 
Première édition française en 1995 
Le roman seul existe en poche : 9€
Titre original : Doomsday Book - 1992


6 commentaires:

  1. C'est bien pas vrai ?

    Dommage que ce ne soit pas inédit.

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    1. All clear était inédit mais personne n'a voulu le lire l'année dernière :p

      J'adore vraiment ce que fait cette femme !

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  2. Sans parler du chien est bien plus anecdotique imho.

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  3. Ah non Sans parler du chien il est très bien, je l'ai préféré au Grand Livre (bon après je les ai lus dans le désordre, ça a joué). Pas encore lu Blitz par contre, j'attends de choper les 2 vol. à la bibliothèque.

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  4. Il me fait de l'oeil celui-là, en plus le livre est un bel objet.

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  5. Un coup de cœur pour moi ce roman, davantage que "Sans parler du chien" qui est malgré tout excellent faut-il le préciser ^^ J'ai encore la saga "Blitz" dans ma PAL, du bonheur en perspective... Merci pour ce mini voyage temporel au rayon souvenirs souvenirs ;)

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