lundi 11 juin 2012

Celui qui attend et autres nouvelles de Ray Bradbury

Le pitch :
Sur le sol rouge de la planète Mars, un souffle chaud s'échappe d'un puits. Prise au piège dans la gorge de pierre, une âme en peine attend depuis dix mille ans, prête à s'incarner dans n'importe quel reflet. Respirer l'air, sentir le soleil pénétrer sa chair, être debout et marcher enfin ! Smith, Jones, Regent et Shaw n'auraient jamais dû se pencher au-dessus de l'eau pure comme l'argent du vieux puits... Martiens aux yeux d'or, maisons aux piliers de cristal, chasseurs de dinosaures : voici huit nouvelles inquiétantes d'un maître du genre.

Mon avis :
Bizarre comme, lorsqu'un auteur disparaît, tout le monde a soudain envie, ou besoin de (re)découvrir son œuvre... Je dois vous dire que je ne fais pas exception à la règle et j'ai apprécié, après 12 ans, de ressortir de ma bibliothèque ce petit Librio à 10 francs (la belle époque !) qui s'intitule Celui qui attend et autres nouvelles. Il était rangé au côté des Chroniques martiennes et de Farenheit 451.

Est-ce que vous vous rappelez pourquoi c'était si bien les Librio ? Parce qu'ils nous permettaient vraiment de découvrir un auteur. Pour preuve, dans ce recueil, 8 nouvelles, d'environ une dizaine de pages chacune, toutes issues d'un recueil différent de Ray Bradbury, parti rejoindre les étoiles le 5 juin dernier. Un sacré panel qui m'a permis d'une part de relire des nouvelles de qualité et d'autre part de trouver le style de recueil que je souhaite lire par la suite de ce grand écrivain.

Celui qui attend - Tiré des Machines à bonheur - 1965

Sur Mars (tiens donc !) dans un puits, une chose sans nom vit, et attend. Bientôt des terriens débarquent, et ne s'attendent pas du tout à ce qui va leur arriver... Il s'agit une nouvelle fantastique qui a pour cadre la planète rouge si chère à l'auteur, dans laquelle l'angoisse et la pression montent.


La fusée - Tiré de l'Homme illustré - 1954

Voici un récit humaniste sur la façon de réaliser (ou pas) ses rêves. Ici le rêve d'aller dans l'espace. Mais la famille de Bodoni est grande et un seul pourra partir...


La pierre tombale - Tiré d’À l'Ouest d'octobre - 1988

Dans cette histoire tragicomique, un couple s'installe à l'hôtel pour la nuit. Petit inconvénient, il y a dans la chambre une pierre tombale, laissée par l'ancien occupant. La femme s'inquiète énormément de dormir dans cette pièce et le couple commence à entendre des bruits...


Août 2002 : Rencontre nocturne - Tiré des Chroniques martiennes - 1950

Ma nouvelle préférée du recueil, sans aucun doute. Nous sommes sur Mars, et un vieil homme dans une station-service, décrit à un jeune homme la planète rouge.

Tu sais ce que c'est Mars ? Pour moi, c'est un truc qu'on m'a donné à Noël,
il y a 70 ans. ça s'appelait un kaléidoscope.

Le jeune homme continue sa route et va rencontrer un martien au milieu du désert. Étrange et poétique rencontre. C'est un très beau texte, et j'ai hâte de lire enfin les Chroniques martiennes !


Le jour de la grande exhumation - Tiré de Je chante le corps électrique - 1948

A cause d'une route bientôt construite sur un cimetière désaffecté depuis 50 ans, les familles de cette région du Missouri doivent exhumer leurs morts afin de leur donner une nouvelle sépulture. Une vieille femme déterre son amant disparu 60 ans plus tôt et le fait amener chez elle...
C'est une nouvelle sympathique sur le vieillissement que nous offre ici Ray Bradbury.

En soixante ans, ce n'est pas l'étoffe - du costume - qui avait changé,
mais celle dont était faite sa mémoire.


Icare Montgolfier Wright - Tiré d'un Remède à la mélancolie - 1961

Récit qui revient sur l'histoire de l'aéronautique sous forme d'un rêve. Très onirique et surtout très barré ! J'ai moins accroché.


Le petit assassin - Tiré du Pays d'octobre - 1957

Voici l'histoire la plus flippante et aussi la plus longue du livre. L'héroïne, une femme, accouche dans la douleur de son fils. Elle considère qu'il essaie de la tuer et devient totalement paranoïaque. Son mari, impuissant, fait ce qu'il peut pour l'aider. Il va commencer à se passer des choses bizarres dans la maison...


Un coup de tonnerre - Tiré de Les pommes d'or du soleil - 1953

Dans ce futur proche, il est possible de voyager dans le temps. Une entreprise propose aux chasseurs d'aller tuer un tyrannosaure.

- Garantissez-vous qu'on en revienne vivant ?
- Nous ne garantissons rien, répondit l'employé, sauf les dinosaures.

C'est une chouette illustration de l'effet papillon, malgré sa fin plutôt attendue.


Voilà pour le petit tour de ce Librio fort intéressant ! Les deux recueils que je souhaite maintenant lire de Mister Bradbury sont les Chroniques martiennes et Les pommes d'or du soleil.

Pour terminer je me permets de vous montrer ce bel hommage de Pierre Le Pivain à deux grands auteurs qui nous ont quittés récemment... Retrouvez son blog ici.


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samedi 9 juin 2012

↓ Pop et Kok de Julien Péluchon

Le pitch :
Fin du XXIIe siècle. La Terre est dévastée. Tout n'est plus qu’éboulis, friches et terrains vagues contaminés où zonent barbares, zombies et bêtes sauvages. Pour survivre et s’élever socialement, Pop et Kok, deux irréductibles optimistes, sortes de Bouvard et Pécuchet de l’apocalypse, montent des petites entreprises minables qui échouent non moins minablement. Ils ont des amours lamentables, défendent leur peau contre les barbares.
Comment continuer de plaire, d'aimer et envisager une relation stable au milieu des décombres radioactifs ? Que faire de ses proches quand ils deviennent zombies ? A quoi ressemble le bonheur après la fin du monde ? Telles sont les questions vitales qui jalonneront l'existence de Pop et Kok, des ruines de Rouen au rivage désolé de la Manche. Tout ça finira mal, on s’en doute.

Mon avis :
Quand Mr Malevil m'a annoncé qu'un post-apo zombie était paru Au Seuil, j'ai eu du mal à comprendre. Pop et Kok de Julien Péluchon a été publié en février 2012, dans la collection Fiction & Cie du Seuil.

Ensuite je l'ai lu, et tout s'est expliqué ! Ceci n'est pas un roman de zombie.

Pop et Kok sont devenus amis après la catastrophe que l'on nomme Le Souffle, sorte de nuage bleu qui s'est abattu sur l'Europe et a transformé en zombies et barbares une partie de la population, en tuant une autre et en épargnant une faible proportion. Depuis les survivants tentent de mener une vie à peu près normale mais qu'on imagine assez moyen-âgeuse malgré la bonne idée d'utiliser les zombies pour remettre en route les centrales électriques (ça pédale bien un mort-vivant). Une bourgeoisie est apparue, les aurivergistes, dont les origines sont assez abracadabrantesques comme dirait un monsieur qui aime les pommes. A côté de ça les pauvres dépérissent.

Bon alors, y a du zombie dans ce bouquin, alors pourquoi Lune tu dis n'importe quoi ?

Pour moi le contexte post-apo de ce roman n'est qu'un prétexte à parler de l'humain, de la société, des difficultés des relations humaines, amoureuses, amicales, avec la famille... C'est une recherche du bonheur désespérée et sans espoir.

A aucun moment on ne se sent en danger en présence des morts-vivants, quasiment réduits au niveau d'animaux de compagnie à qui l'on jette des fruits secs, ou encore à celui de poids morts (ha ha !) qu'il faut entretenir. Les deux protagonistes sont des "entrepreneurs de demain" comme ils aiment à se qualifier, dans un contexte de crise économique et sociale... On assiste aussi à certaines scènes à la Plop, mais totalement édulcorées.

Pop nous raconte son histoire à la première personne, dans un carnet que lui a demandé de rédiger son chamane (son psy quoi). Pop est un commercial, qui essaie de vendre de la camelotte à des gens qui n'ont pas les moyens de se l'acheter. Et il est très malheureux.

Kok, dont l'histoire est narrée à la troisième personne, n'est que dépression et tentative de suicide. Extrêmement malheureux lui aussi, il ne trouve refuge que dans le sexe avec des femmes de passage après son divorce, et auprès de son ami Pop.

La seconde partie du roman, plus courte, relève un peu plus du post-apo, mais aussi des conditions de vie des personnes âgées et pauvres qui ne peuvent compter que sur elles-mêmes.

Dans l'ensemble, j'ai apprécié ma lecture, sans trop crocher dedans, probablement parce que ce n'était pas ce que j'en attendais vraiment.


Si vous voulez lire le début du roman : Extrait 


 
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vendredi 8 juin 2012

♥ Ainsi naissent les fantômes de Lisa Tuttle

Le pitch :
Recueil de nouvelles fantastiques de Lisa Tuttle, choisies, présentées et traduites par Mélanie Fazi.

Mon avis :
Ainsi naissent les fantômes, recueil de nouvelles de Lisa Tuttle, a été publié par l'association Dystopia, qui a demandé à Mélanie Fazi de choisir ses récits préférés de l'auteur afin de les traduire et les réunir. Il a reçu le Grand Prix de l'Imaginaire aux Etonnants Voyageurs 2012. Et c'est amplement mérité.

Lisa Tuttle est une auteure américaine, mais britannique d'adoption, qui excelle dans l'écriture de récits fantastiques, et est connue pour son féminisme. Mélanie Fazi est une auteure française montante des genres de l'imaginaire qui a été très inspirée par l’œuvre de Tuttle, ce qu'elle nous explique dans son intéressante préface.

J'ai énormément de choses à dire sur ce petit bouquin fort réussi qui est un coup de cœur !

Je vais commencer par la couverture renversante de Stéphane Perger qui a, entre autres, déclenché mon achat aux dernières Utopiales. Wahou quoi.

Cliquez pour bien la voir !
Comme l'indique assez clairement l'illustration, la femme, parfois écrivaine, est au cœur de cet ouvrage. Chacune des six nouvelles a une femme pour héroïne, même si la dernière, La fiancée du Dragon, est racontée par un homme.

Rêves captifs : Cette histoire de séquestration démarre en beauté un recueil perturbant. La victime nous raconte son évasion et son calvaire dans ce noir placard... L'auteure nous accroche tout de suite et le récit se déroule sans aucun voyeurisme. Le lecteur a vraiment l'impression de vivre ce cauchemar avec la narratrice. Estomaquant. Clairement ma nouvelle favorite, qui continue de bien me faire cogiter !

Il m'est arrivé quelque chose d'affreux quand j'étais petite.

L'heure en plus :  Histoire de femme et d'écrivaine, la narratrice nous explique comment, après avoir souhaité avoir une heure de plus par jour pour écrire, elle a vu apparaître dans le mur de son escalier une mystérieuse porte, menant vers le bureau de ses rêves... Cela ne se finira pas du tout comme elle le souhaitait, mais il est difficile d'en dire plus sans révéler l'intrigue ! Une réflexion sur la vie de femme et de mère.

Une heure, c'est tout ce que je demande.

Le remède : Nous sommes à la limite de la SF dans cette nouvelle nous contant l'histoire d'amour entre deux femmes dont l'une a perdu peu à peu l'usage du langage, à l'instar d'une bonne partie de la population, à cause d'un vaccin. Cela m'a fait penser à une parabole sur le vieillissement du couple. La fin laisse augurer des choses terribles pour l'humanité...

C'est dans cette pièce, jour après jour, que je transforme ma vie en langage.

Ma pathologie : Voici un récit qui pour moi parle des relations malsaines qu'il peut exister entre un homme et une femme. La narratrice rencontre Daniel, dont elle tombe amoureuse. Celui-ci a un hobby étonnant : il pratique l'alchimie. Un jour, elle tombe enceinte, mais tout ne se passe pas normalement... Elle commence à voir une bulle bizarre à l'extérieur de leur maison. C'est un récit qui m'a perturbée, à cause de l'image tordue de l'enfantement qu'il décrit. Il m'a fait froid dans le dos.

L'amour est un besoin fondamental chez l'être humain.
Est-il logique d'en parler comme d'une maladie ?

"Mezzo-tinto" : C'est sûrement la nouvelle qui m'a le moins convaincue. Elle est courte et raconte la découverte par la narratrice d'un mezzo-tinto, une gravure, sur le mur de la maison qu'elle partage avec son petit-ami. Elle est certaine de ne l'avoir jamais vue, lui maintient qu'elle a toujours été là... C'est un hommage de Lisa Tuttle à une nouvelle de M. R. James qui l'a marquée.

La façade du pavillon évoquait un visage grossièrement dessiné.

La fiancée du Dragon : Le narrateur est masculin, mais le personnage central est définitivement féminin. C'est la femme qu'il aime. On est ici dans le récit d'horreur conjugué au sexe. Une histoire inquiétante car la jeune femme a une perte de mémoire sur deux mois de sa jeunesse, qui semblent pourtant décisifs dans sa vie. Elle sait que quelque chose de terrible s'est passé, et neuf ans après, cela la rattrape. L'auteure nous tient parfaitement en haleine dans cette longue nouvelle.

Il y a deux mois de mon enfance dont j'ai tout oublié ; les deux mois les plus importants de ma vie.

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Le recueil se termine par un entretien des plus instructifs entre Mélanie Fazi (qui a fourni un travail admirable, il faut le souligner !) et Lisa Tuttle. Il a éclairé et confirmé certaines de mes impressions !

La femme bien sûr est au centre des préoccupations de Lisa Tuttle, notamment la grossesse et l'enfantement :

Quelque chose de vivant grandit en vous !
Qui fait partie de vous sans faire partie de vous... et qui peut vous tuer.

De même, j'ai ressenti que la maison, le foyer, où l'on est supposé se sentir en sécurité, sont pour les personnages le théâtre des pires angoisses et abus. J'ai été très contente de voir que Mélanie Fazi s'était fait la même réflexion et avait posé la question :

- T'intéresses-tu particulièrement aux maisons dans la fiction ? Dans tes textes, elles reflètent souvent la personnalité de leurs occupants, ou laissent deviner au lecteur qu'il se passe quelque chose d'anormal.
- En effet ! On dit souvent que rêver d'une maison revient à rêver du soi, et que les différentes pièces représentent les différentes parties de la personnalité (ou de la vie). Pour moi c'est également vrai en fiction.

Pour en terminer avec cette interview, je citerai cette superbe phrase de Lisa Tuttle, qui l'a faite entrer définitivement dans les auteurs que je souhaite suivre :

Lorsqu'ils sont bien écrits, je trouve en règle générale qu'un bon roman de science-fiction, de fantasy, de fantastique ou un bon roman policier sont bien plus agréables à lire que la plupart des romans de littérature blanche qui visent la respectabilité littéraire.

Et bien voilà, je vous avais dit que j'avais plein de choses à dire ! Je vais finir en vous parlant un peu de l'association Dystopia dont "l'objectif premier est l'organisation d'évènements liés aux littératures de l'imaginaire, policières et "mainstream". Elle travaille notamment, en collaboration avec les libraires et les éditeurs, à rassembler les fonds et à organiser la venue d'auteurs étrangers sans pour autant devoir lier l'événement à la publication d'un ouvrage de l'auteur."

Fondée en mai 2009 par Tallis (Librairie Charybde, président), Clément Bourgoin (Librairie Ys, secrétaire) et Xavier Vernet (Librairie Scylla, trésorier), elle a publié cinq ouvrages, dont un est actuellement en précommande.

Pour 15 euros, ce recueil de Lisa Tuttle vous ravira, alors surtout n'hésitez pas ! 


Ma chronique de la nouvelle gratuite Le vieux M. Boudreaux.

A noter : les Dystopiales 3 auront lieu du 22 au 24 juin 2012


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jeudi 7 juin 2012

Summer Star Wars VI - Le retour du Challenge

 

Après le Winter Time Travel de cet hiver, pour lequel j'avais chroniqué l'anthologie Utopiales 2011 et la BD Yesterday, voici le prochain challenge organisé par le RSF Blog : le Summer Star Wars, qui aura lieu du 21 juin au 22 septembre 2012.

Le principe est simple : lire et chroniquer un ou plusieurs Space Opera ou Planet Opera pendant l'été. Attention, au-delà des romans, nouvelles et BD, peuvent aussi être pris en compte les films et séries !

Si vous voulez vous inscrire, c'est simple, cliquez ici et laissez un gentil commentaire à Lhisbei ;-) Nous sommes déjà plus d'une trentaine de participants.

Pour ma part, j'ai quelques idées de lecture :


Ceux qui osent de Pierre Bordage

Le pitch :
La guerre fait rage entre les royaumes coalisés des Amériques et l'Arcanecout, dernière terre libre pour Jean et Clara. Jean est parti sur le front et se bat auprès des troupes alliées, avec son ami indien Élan-Gris. Il a laissé Clara seule, dans les hauteurs de San Francisco. La ville est délabrée, la population meurt de faim. Mais la jeune femme se bat avec ses compagnes d'infortune pour survivre. Jean et Clara connaîtront-ils un jour le bonheur d'être ensemble ? 

Mon avis :
Ceux qui osent est le 3ème tome d'une série commencée par Ceux qui sauront et poursuivie par Ceux qui rêvent, tous écrits par mon adoré Pierre Bordage pour la (malheureusement) défunte collection ado Ukronie chez Flammarion. Franchement c'est bien dommage qu'elle n'existe plus, on n'y trouvait que des textes de qualité et cela permettait de faire découvrir l'uchronie aux plus jeunes. Je vois cependant que Flammarion continue de publier certains récits uchroniques sous la même maquette, mais sans référence de collection sur l'ouvrage, ce qui reste une belle initiative.

Dans cet opus, Jean doit partir à la guerre pour défendre l'Arcanecout, dernier pays libre du monde où chacun pouvait jusqu'ici vivre en paix, contre les royaumes coalisés voulant le détruire. Il laisse ainsi Clara à San Francisco.

C'est le lieu de tous les possibles. Le lieu où tout commence à chaque instant.
Le lieu où les êtres humains osent.

Il faut savoir que les révolutions n'ont pas eu lieu, ou n'ont pas eu le résultat que l'on connait dans notre présent, et que la plupart des pays sont des royaumes tyranniques, où l'aristocratie fait mourir de faim le peuple. Clara était une aristocrate, et Jean un enfant du peuple privé d'enseignement, l'école étant interdite, mais l'amour est plus fort que tout, évidemment.

Alors bon, sérieusement, connaitront-ils un jour le bonheur d'être ensemble ? Parce que ça fait quand même 3 tomes qu'ils galèrent les pauvres ! Bon ok, dans le premier ils se sont rencontrés, ont été séparés, dans le second encore une séparation violente, et rebelotte dans le 3ème, quand Jean doit partir à la guerre. Mais c'est du Pierre Bordage, donc malgré cette répétition de l'histoire, je serai indulgente, car comme d'habitude, c'est vraiment de la bonne !

Nous naviguons, comme souvent dans les romans de l'auteur, d'un personnage à l'autre, à chaque changement de chapitre. Je dois dire qu'on retrouve dans ce livre toutes les ficelles d'un bon Bordage : la séparation des amoureux, l'aventure, le suspense par les chapitres alternés, un univers riche et des personnages attachants. Cela est peut-être même un peu trop évident : on sent bien le côté jeunesse du récit, et l'on voit venir, nous lecteurs "aguerris", les rebondissements de l'intrigue.

Cependant Ceux qui osent reste une lecture plus qu'agréable, qui coule toute seule et se lit d'une traite. Il m'a énormément fait penser aux Chroniques d'Alvin le Faiseur d'Orson Scott Card, dont on retrouve certains éléments : une Amérique uchronique, des indiens, de la magie ou du moins des phénomènes étonnants comme les apparitions des grizzlis lorsqu'Elan Gris, ami indien de Jean, est en danger. Je me rappelle encore avec plaisir de la lecture de cette saga.

Pierre Bordage nous fait aussi partager ses thèmes préférés, ses combats contre le racisme et la bêtise humaine. Il cherche clairement à nous montrer l'importance du respect de l'autre, de ses différences (avec les indiens "Les Rouges") et de ses particularités (avec Jack ou encore Elie, jeunes garçons que l'on devine autistes). La Femme a elle aussi beaucoup de courage dans les récits de l'auteur, et c'est toujours un plaisir de se voir ainsi mettre en avant !

Je terminerai sur la magnifique couverture de Benjamin Carré (il ne pouvait en être autrement de sa part), que j'aime beaucoup, avec ce sous-marin très impressionnant derrière ce frêle esquif de pêcheuses... Je me permets de vous montrer d'autres œuvres de cet artiste.

Illustration de couverture de Ceux qui rêvent, par Benjamin Carré


Tokkun, par Benjamin Carré
Pour conclure, voici encore une belle aventure vécue grâce à ce fabuleux conteur qu'est Pierre Bordage. Malgré des rebondissements et une fin un peu trop attendus, il nous offre un roman uchronique de qualité bourré de messages importants pour la jeunesse (et les autres aussi !).


mercredi 6 juin 2012

[BD] 20 000 siècles sous les mers : L'horreur dans la tempête et Le repaire de Cthulhu de Richard D. Nolane et Patrick A. Dumas


Le pitch :
Mai 1871, la Commune de Paris est réprimée dans un bain de sang. Le capitaine Nemo, que tous croyaient mort, sauve in extremis le Pr. Aronnax et la journaliste Amélie Dupin de ce chaos. Ils partent tous trois, aux commandes d'un nouveau Nautilus, en quête d'une mystérieuse cargaison au large de Cuba.

Mon avis : 

(;,;)
Hum.

J'ai lu le diptyque 20 000 siècles sous les mers au titre évocateur, constitué des deux tomes suivants :
  1. L'horreur dans la tempête
  2. Le repaire de Cthulhu
Publiées aux Editions Soleil, dans la belle collection 1800, ces BD ont été scénarisées par Richard D. Nolane et illustrées par Patrick A. Dumas. Elles sont, vous l'aurez compris, librement inspirées de l’œuvre d'H. P. Lovecraft, qui fonda le mythe de Cthulhu, cet ancien dieu extraterrestre à tête de seiche, tentacules de pieuvre et corps humanoïde. Pour les incultes, wikipédia, c'est par là !


Une mystérieuse caisse, scellée, est transportée par des hommes aux allures de zombies, dans un cuirassé de l'armée pendant la guerre de Sécession. Pendant ce temps, à Paris, le capitaine Némo, qui n'a rien d'un personnage de fiction, sauve le professeur Aronnax et son amie journaliste Mademoiselle Dupin des griffes de tueurs de la Commune. Il a besoin d'Aronnax, spécialiste des monstres marins, et il fait de terribles cauchemars qui semblent l'affecter au plus haut point.

Les références sont omniprésentes dans les deux tomes. Vous aurez déjà clairement noté l'influence de Jules Verne sur le récit (mais aussi sur la collection), de Lovecraft bien sûr, mais aussi de Poe, d'Hugo, et même des Mystères de l'Ouest ! Mademoiselle Dupin n'est autre que le véritable nom de George Sand. Tout cela s'accompagne d'une ambiance steampunk des plus plaisantes.

L'intrigue est bien menée, l'angoisse monte et l'ombre de Cthulhu rend comme d'habitude les cœurs très sombres et la nuit très effrayante ! 

Au niveau du dessin de Patrick A. Dumas, je dois dire que certaines scènes marines et sous-marines sont vraiment superbes, que nous regardions les paysages ou encore les navires. J'ai été un peu déçue par les personnages, notamment pour leurs expressions peu ou pas assez marquées, mais franchement c'est vraiment de la belle ouvrage.


Il y a pas mal d'autres titres dans cette collection 1800 qui me font bien envie, voici quelques couvertures histoire de vous appâter un peu aussi :



CITRIQ

mardi 5 juin 2012

Top Ten Tuesday #12 : Les 10 livres que vous ne lirez jamais

Le Top Ten Tuesday (TTT pour les intimes), qui permet de lister son top 10 selon un thème littéraire, est un rendez-vous initialement créé par The Broke and the Bookish et repris en français sur le blog de Iani. On peut même voter pour le prochain sujet, et ça c'est chouette !

En ce mardi 5 juin 2012, le but est de lister :
Les 10 livres que vous ne lirez jamais

Ha ha c'est jouissif ce genre de thème je trouve ! Bien qu'il ne faille jamais dire jamais... Il y a ceux que je n'ai pas pu lire, et ceux qu'il ne me viendrait pas à l'idée d'ouvrir.

Je n'ouvrirai jamais :

Le cycle de La confrérie de la Dague Noire et tout ce style de Harlequin à la mords-moi le cou, enfin la romance paranormale comme on dit maintenant, écrit à la chaîne et qui prend vraiment les lectrices (bin ouais) pour des neuneus. Qu'elles peuvent être.

 
Les livres avec des femmes/filles en robes de princesse sur la couverture, qui ont des titres du style de l'image en-dessous. Certes parfois les choix de couv' sont mauvais, alors que le contenu est bon... Mais tant pis, il faut bien avoir des critères de sélection et bien fait pour l'éditeur qui prend ses lecteurs pour des porte-monnaies à pattes ! 


Les Twilight, même par curiosité. M'enfin.




Tous les livres de Lévy et Musso, oui c'est sectaire, oui je m'en fous ! J'ai bien vaguement tenté Et si c'était vrai à sa sortie, et je me suis tellement embêtée que j'ai lâché.
Si vous aussi vous voulez vendre des livres par millions, suivez le tutoriel Je veux écrire comme Marc Lévy.

Je n'ai pas réussi à lire (et je le regrette) :

Coulez mes larmes dit le policier de P. K. Dick, et accessoirement un bon paquet de ses romans, alors que ses nouvelles sont formidables. Mais la drogue c'est mal.




L'ombre de la longue nuit de Cobley, dans le genre début long et invention de mots à chaque phrase, j'ai fui !




Vision aveugle de Peter Watts, typiquement (de mon point de vue) de la SF de connard élitiste chiante à lire et peu compréhensible pour le commun des mortels. Pardon. Mais sinon l'histoire avait l'air intéressante.


Prochain rendez-vous Top Ten Tuesday le 12 juin sur le thème
Les 10 livres à lire à la plage (et ceux à ne PAS lire)

Mes autres Top Ten Tuesday, à retrouver ici !

lundi 4 juin 2012

L'Affaire Jane Eyre de Jasper Fforde

Le pitch :
Détective à la brigade littéraire du service des opérations spéciales basé à Londres, Thursday Next s’occupe du grand banditisme reconverti dans le lucratif marché littéraire : revente d’éditions originales volées, contrefaçons, fraudeurs en tout genre… Un océan de routine pour celle dont le père voyage dans le temps et dont l’oncle est l’inventeur du papier carbone correcteur et des asticots synonymiques. Lorsque le froid, calculateur et extrêmement dénué de scrupules Achéron Hadès s’empare du manuscrit original de Jane Eyre et en séquestre l’héroïne, Thursday comprend qu’elle a enfin affaire à quelque chose de totalement inédit.

Mon avis :
Après La tyrannie de l'arc-en-ciel tome 1, j'enchaîne joyeusement sur L'affaire Jane Eyre, en pleine découverte de ce cher Jasper Fforde, que j'apprécie beaucoup je dois dire.

Ce roman est d'une absurdité et d'une SF délicieuses, plein de mystère et de rebondissements.

On est carrément dans une "uchronie fantastico-policière", qui se déroule en 1985. La seconde guerre mondiale n'a pas eu lieu, en tout cas pas telle qu'on la connait, et de nombreux événements divergent de notre 1985. Notamment nous n'avons malheureusement pas, à ma connaissance, commencé à recréer génétiquement des espèces disparues, tel le dodo et n'utilisons plus les dirigeables depuis un bout de temps.

Thursday, qui travaille pour OS-27, à la protection des œuvres littéraires, est recrutée par OS-5 (top secret !) pour arrêter Achéron Hadès, qui a volé un manuscrit de Dickens. Cependant celui-ci est doté de pouvoirs de super-méchant, et ne sera pas si facile à stopper. Nous voici embarqués dans un récit déjanté !

Mon pager affichait un message déconcertant :
un vol impossible venait d'être commis.
Les différents OpSpecs, ces services spéciaux de la police, s'occupant entre autres des œuvres littéraires ou encore de l'élimination des vampires et loups-garous, sont bien trouvés, ainsi que leurs diverses taches. J'accorderais une mention spéciale à la surprenante Chronogarde, chargée de surveiller le temps, une brigade temporelle dont fit partie le père de Thursday (avant de se rebeller... Hin hin !). C'est un monde étonnant que nous propose l'auteur, dans lequel les œuvres littéraires ont une valeur bien plus importante et surtout très différente que dans le notre.

Les personnages sont charismatiques, à l'image de l'héroïne, Thursday, particulièrement attachante et nature, et du méchant Achéron vraiment TRÈS méchant, sans oublier le magnifique, sublime, grandiose oncle de Thursday, Mycroft, un inventeur de génie avec des idées toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Tous ont un passé trouble qui attise bien la curiosité.

Jasper Fforde nous plonge complètement dans l'absurde (mais à message, cela va sans dire), notamment avec cette guerre interminable en Crimée contre les russes et sans aucun sens, où l'on se retrouve obligé de combattre sans vraiment se rappeler pourquoi. Les dialogues sont savoureux, et tout cela me fait immanquablement penser à Douglas Adams, du pur humour british !

- Ils n'arriveront jamais à temps. C'est facile. Même un singe
lobotomisé pourrait le faire.
- Et où allons-nous trouver un singe lobotomisé
à cette heure-ci de la nuit ?
Pour conclure, ce fut réellement une super lecture, encore une fois avec Jasper Fforde, une héroïne avec du caractère, de la SF en veux-tu en voilà, de l'absurde à un beau niveau, des idées foisonnantes...



Chroniques des lecteurs du Cercle : 
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J'ai enchainé sur le tome 2, Délivrez-moi ! que je ne chroniquerai pas, mais qui est tout à fait à la hauteur de son prédécesseur avec son intrigue apocalyptique, et sa police des livres - la jurifiction. Il m'a fait penser à Alice aux Pays des Merveilles (dont il est plein de références d'ailleurs), on y rencontre même le chat de Cheshire en bibliothécaire (oui oui !).
Citations de ce fameux second tome :

- Je ne roulais pas vite vous savez, dit le jeune homme précipitamment. Le moteur s'est peut-être bloqué... Le soleil était bas, continua le conducteur, et il s'est déporté brusquement devant moi.
- Syndrome masculin du déni de la culpabilité, commenta mon père.
Une pathologie médicalement reconnue en 2054.
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Nous sommes tous des voyageurs dans le temps.
L'immense majorité ne réussit à avancer que de vingt-quatre heures par jour.


CITRIQ

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