mardi 8 octobre 2019

⭐ Ada Lovelace ou la beauté des nombres de Catherine Dufour

"Les femmes ne sont pas admises dans les bibliothèques scientifiques - en tout cas, pas dans celle de la Royal Society, qui est ce qui existe de mieux en la matière. Ada s'en plaint, cherche des solutions et n'en trouve pas. Quels que soient les travaux qu'elle envisage, elle ne peut pas les faire seule. Or, elle est seule." 

FUCK PATRIARCHY !!!!!

Ada Lovelace ou la beauté des nombres est une biographie écrite par Catherine Dufour, écrivaine de SFFF et ingénieure en informatique, et publiée chez Fayard. On y retrouve la gouaille de l'autrice, particulièrement rafraîchissante dans une non-fiction au final assez sombre !

Ada Lovelace, fille du poète Lord Byron, est une lady anglaise perdue dans les brumes du xixe siècle. Nous voilà cent ans avant le premier ordinateur, et personne ne se doute que cette jeune femme maladive, emprisonnée dans un corset, étouffant entre un mari maltraitant et une mère abusive, s’apprête à écrire le premier programme informatique au monde.
À 25 ans, déjà mère de trois enfants, Ada Lovelace se prend de passion pour les mathématiques. Elle rencontre Charles Babbage, qui vient de concevoir une machine à calculer révolutionnaire pour l’époque. C’est en la voyant qu’Ada a soudain l’intuition de ce qui deviendra l’informatique.
Sans elle, pas d’Internet, pas de réseaux sociaux, pas de conquête de l'espace.

Étant donnés les excellents premiers retours sur cette biographie, notamment celui de Tigger Lilly, j'ai peu hésité avant de me lancer dans sa lecture !

Voici un vrai page-turner : j'ai lu Ada Lovelace ou la beauté des nombres en quelques heures, totalement immergée dans cette galerie de portraits pour la plupart cauchemardesques, de personnes ayant vécu à une époque qui ne l'était pas moins. Le ton de Catherine Dufour, frais et impertinent, permet de désamorcer un peu l'horreur de la situation de ces gens !

"Si vous vous demandiez comment les Anglaises et les Anglais réussissent à traverser ce long tunnel d’oppression qu’est l’ère victorienne, maintenant, vous savez : toute la population est droguée jusqu’aux yeux. Ada, elle, trouve que l’opium la rend philosophe, et la soulage de toutes ses envies, ainsi que de toutes ses angoisses."

Pour moi, c'est la grande découverte de ma lecture, au-delà de l'excellente mise en lumière d'Ada Lovelace et de son travail : la misère pour tous qu'était l'époque Victorienne. Alors évidemment, mieux valait être un homme blanc riche et hétérosexuel - certaines choses ne changent jamais - mais quoiqu'il en soit, cette société imposait à tous un mode de conduite très strict. D'autant plus aux femmes, donc, et ne parlons pas de celles qui avaient l'audace de s'intéresser aux sciences qui étaient considérées comme très "unladylike". Tout le monde était drogué au laudanum dès son plus jeune âge, la maltraitance était la base de toute éducation, les femmes restaient mineures toute leur vie... Magique !

"Ada est cantonnée à sa table de travail, écartée par son genre de tout contrôle sur les aspects éditoriaux de l'affaire. Elle n'a même pas le loisir de signer son article ; son propre nom ne lui appartient pas. En juillet 1843, son mari décide qu'elle signera de ses initiales. Elle est bien obligée de s'en contenter."

Et donc au centre de ce livre, nous avons Ada Lovelace. Elle a vécu 36 ans (oui, si peu), à l'époque Victorienne. Elle a imaginé le premier programme informatique avec 100 ans d'avance, et compris le potentiel du moteur analytique de Babbage. A l'instar de Stephen Wolfram, l'autrice s'interroge : qu'aurait pu accomplir Ada Lovelace si sa vie n'avait été aussi courte et clairement merdique, à une époque insupportable ? Sans compter toutes ces femmes qui n'ont même pas eu la force ou l'opportunité d'en accomplir autant qu'elle. Que de cerveaux perdus... Puis Catherine Dufour explique au lecteur comment on a fait resurgir la mémoire d'Ada.

Saviez-vous qu'il existe même un Ada Lovelace Day ? C'est le second mardi du mois octobre... Donc aujourd'hui !!
  
Catherine Dufour brosse ici une galerie de portraits à la fois savoureux et désespérants. Lord Byron est du lot. Il était le père d'Ada, et je ne le verrai plus jamais pareil... Au final, on a presque l'impression de lire un roman tant tout cela ressemble à la vie de personnages de fiction !

Pour aller plus loin, vous pouvez écouter les podcasts de France Culture que m'ont signalés Le Chien Critique et Coulosporoto : Ada Lovelace, la grande ordinatrice et Femmes de sciences : marche à l'ombre.

Pour résumer, Ada Lovelace ou la beauté des nombres de Catherine Dufour chez Fayard est une biographie hautement recommandable, même pour les néophytes de la non-fiction comme moi. Cela se lit tout seul et c'est 100% instructif, avec un ton féministe et haut en couleur ! Je finis en remerciant bien sûr Ada Lovelace qui me permet aujourd'hui de vous proposer cette chronique depuis mon ordinateur, sur internet. 

Et surtout, n'oubliez pas... FUCK PATRIARCHY !!!!!

Ils l'ont lu : Tigger Lilly, Yossarian, Nébal

Ada Lovelace ou la beauté des nombres
de Catherine Dufour
Fayard - Septembre 2019
247 pages
Papier : 18€ / Numérique : 12,99€

12 commentaires:

  1. Intrigant ce livre. Tu éveilles ma curiosité.

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  2. Et dire que si elle avait vécu une vie plus libre, son destin aurait été changé et elle n'aurait pas pu imaginer tout cela. Heureusement que le patriarcat était là, merci à lui. J'attends maintenant impatiemment tes billet sur les centaines de milliers d'autres personnes ayant contribué à ce que tu puisses écrire cet article de blog.
    (oui, je me suis dit qu'être un connard était le meilleur moyen d'être dans l'ambiance et de rendre hommage au livre ; non ? =X)

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    1. Je contacte de suite l'académie des Oscars pour ton rôle de connard :')

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    1. Exactement. Enfin grande dame de science, par contre avec ses enfants hum...

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  4. L'émission avec Mme Dufour à la Méthode scientifique m'avait clairement donné envie de lire cette biographie. Ton article ne me motive que d'autant plus ! Je vais aller lire de suite celui de Tigger Lilly aussi pour enfoncer le clou. Je crois que je ne vais pas attendre longtemps avant de le rajouter en PàL !

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    1. Yeah, et bien tant mieux car ce livre est excellent !

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  5. Intéressant, faudra que j'y jette un oeil un jour ^^. Me semble que Catherine Dufour parlait déjà très bien de Ada Lovelace dans son guide des métiers des filles qui ne veulent pas devenir princesses (d'ailleurs en écrivant ça je me rends compte que j'ai tellement prêté ce bouquin que je sais plus qui l'a xD)

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    1. Je ne l'ai pas lu celui-ci, je devrais peut-être !

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  6. Cette biographie a l'air passionnante, je crois bien qu'il va me falloir craquer ^^

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