lundi 12 novembre 2018

☆ Les Étoiles sont légion de Kameron Hurley

"Quand on comprend la nature du monde, on a le choix entre deux possibilités : soit en devenir une partie et perpétuer ce système jusqu'à la génération suivante, soit le combattre, le briser et construire quelque chose de nouveau."

Les Étoiles sont légion de Kameron Hurley est un roman que je qualifierais de space et planet-opera, paru chez Albin Michel Imaginaire. La couverture est de Mister Manchu himself, et elle est superbe, à la fois esthétique et parfaitement en adéquation avec le texte.

Avant même d'avoir Les Étoiles sont légion entre les mains, j'ai pu constater que plusieurs débats existaient autour de ce livre, c'est donc avec une grande curiosité que je l'ai ouvert !

Quelque part aux franges de l’univers, une armada de vaisseaux-mondes en sursis, connue sous le nom de Légion, glisse doucement dans les zones d’obscurité qui séparent les étoiles. Depuis des générations, des conflits très violents opposent celles qui désirent prendre le contrôle de cette flotte.

Alors que les vaisseaux-mondes se meurent, un plan désespéré est mis à l’œuvre. Zan se réveille sans souvenir, prisonnière d’un peuple qui dit être sa famille. On lui explique qu’elle est leur seule chance de survie – la seule personne capable d’embarquer dans la Mokshi, un vaisseau-monde porteur du plus précieux des pouvoirs : celui de quitter l’armada. Mais la nouvelle famille de Zan n’est pas la seule à vouloir désespérément prendre le contrôle du vaisseau légendaire.

Pfiou ! Voici un roman bourré de qualités !

Quand j'ai commencé Les Etoiles sont légion, j'ai vite dû me rendre à l'évidence : je ne pouvais plus m'arrêter de lire, ce roman me plaisait profondément. Pourquoi ? 

D'abord, il est dédié aux "femmes brutales". Commencer par cela, ça interpelle, forcément.

Ensuite, Zan, la narratrice principale (elles sont deux) est amnésique dès le début de l'histoire. C'est un élément que j'apprécie dans une intrigue. Je trouve que ça dynamise le texte, ça permet au lecteur de découvrir des informations en même temps que Zan (l'autre narratrice, Jayd, n'est pas amnésique et intervient moins souvent que Zan) et surtout ça ménage le suspense : pourquoi Zan est-elle là ? Qui est-elle ? A qui peut-elle faire confiance ? Qu'a-t-elle oublié de si important ? Que sont toutes ces cicatrices sur son corps ? C'est un ressort que j'ai appris à apprécier dans Destination Ténèbres de Frank M. Robinson et ça me plait toujours autant.

En plus, Hurley nous offre une super scène de combat spatial quasi dès le début, avec des vaisseaux et des armes organiques (je vais y revenir au tout organique !), c'est juste du bonheur !

L'enjeu politique apparait vite et c'est là que je n'ai plus pu décrocher : j'ai lu la moitié du bouquin en une soirée. (je vous dis pas la tronche au réveil le lendemain mais c'était valable !) Ce côté de l'intrigue m'a fait penser à Dune.

J'en viens au tout organique ! Ce que j'ai également aimé dans ce roman (oui j'ai aimé presque tout, je dois bien l'avouer !) c'est l'aspect donc organique, vivant de TOUT. Genre, les vaisseaux sont des machines mais vivantes et faites de tissus et d'organes. Les armes balancent des céphalopodes. Les portes s'ouvrent comme de la peau et des tissus, ben d'ailleurs c'en sont. Du coup, ça donne une société qui se sent vraiment faire partie de son monde, des êtres qui se font recycler, et je ne vous parle pas de ce que portent les femmes dans leur ventre, qui est toujours utile au monde. (Je crois que c'est cette partie là qui dérange certains lecteurs, pour ma part, j'ai trouvé ça tellement original ! C'était à la fois étrange, certes pas très ragoûtant mais parfait). 

Ah oui d'ailleurs il n'y a que des femmes dans ce roman. Des femmes qui se battent, s'entretuent, gouvernent, chutent, se relèvent ou pas. Des soldates, des ingénieures, des mécaniciennes, des sorcières, des seigneures, des servantes, des mutantes... Elles tiennent tous les rôles car elles en sont capables et c'est sûrement là l'un des messages importants de l'autrice : voyez-les ! Et puis ce sont aussi des femmes qui enfantent des choses sans avoir aucun contrôle sur le quand, le combien de fois dans leur vie (et surtout le quoi !) Consentement et contraception mes amours !

Bon au final, qu'est-ce que je n'ai pas aimé ? Le moment où ça s'est transformé en quête initiatique. Alors autant le monde est super original et c'est une force, autant la quête initiatique, le voyage pour se retrouver, c'est trop classique. C'est dommage, ça a cassé mon enthousiasme, un peu. Mais bon le monde s'y prêtait et c'était logique pour l'autrice de prendre cette voie, que j'ai tout de même fini par apprécier grâce au décor.

Pour finir sur le côté dégueu que j'ai vu abordé dans environ tous les avis que j'ai pu survoler : personnellement ça ne m'a pas dégoûtée. Effectivement c'est effrayant ce qui se passe sur ce monde, ce qui arrive aux femmes. Ah ça on peut le dire, y a des trucs plus que chelous dans ce roman. Mais non à aucun moment le contenu de mon estomac ne m'a signalé sa présence !

Pour résumer, Les Étoiles sont légion est un putain de bon roman pour les femmes brutales ou pas et pour les hommes qui seront assez intelligents pour ne pas s'émouvoir que OH MON DIEU il n'y a que des personnages féminins dans ce livre. Parce que ce récit est bien plus que ça. Alors malgré ses quelques faiblesses, pulvérisez votre combinaison, enfourchez votre vaisseau et lisez-le !



D'autres avis sur la blogosphère : Yogo, Tigger LillyLe chien, Feydrautha, Gromovar, Apophis, Célindanaé

Les Étoiles sont légion
de Kameron Hurley
Albin Michel Imaginaire - octobre 2018
416 pages
Traduit par Gilles Goullet
Illustration de couverture par Manchu
Papier : 22€ / Numérique : 11,99€
Titre original : The stars are legion - 2017

6 commentaires:

  1. Ça fait longtemps que tu n'as pas fait un billet aussi long !
    Alors voilà le coup de cœur Oui et Non, je comprends mieux.
    Je suis d'accord avec toi, sauf que le voyage initiatique m'a fait basculer dans un univers de fantasy et je n'ai pas aimé.
    Sinon je suis d'accord avec toi sur toute la ligne, c'est bon (tout comme ta critique ;-) )

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    1. Oui c'est vrai que c'est mon billet le plus long depuis un bail. C'est généralement bon signe pour le bouquin lol
      Je suis vraiment pas loin de penser comme toi pour le voyage, je te rassure, du coup je comprends ce qui t'a gêné dans le texte (par contre je maintiens que je n'y vois aucune "tromperie" :p )

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  2. Gilles Dumay disait je ne sais plus où que cétait un roman qui plaisait plus aux femmes, cela a l'air de se vérifier. Il faudrait que je me greffe un utérus et le relire pour le coup, mais je suis moyennement chaud.
    Pour ma part, la quête initiatique m'a tué, pas assez original par rapport au reste

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    1. Ou alors c'est un roman qui déplaît plus aux hommes 😉
      Oui le voyage initiatique, point noir du récit en effet.

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    2. Oui, Les étoiles sont Légion est un roman que j'arrive assez facilement à faire lire à des femmes (y compris à des lectrices qui ne lisent jamais de SF) et, très sincèrement, chez Albin Michel, elles ont plutôt adoré. Je n'ai eu en interne que des retours très positifs sur le texte (voire délirant d'enthousiasme). Eva le "pousse" aussi beaucoup.

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  3. Je suis d'accord avec toi que le voyage initiatique est classique mais de mon côté ça ne m'a pas gênée, tant l'univers est original.
    Il est bien cool ce bouquin et fera certainement parie de mon bilan lectures 2018 :D

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