dimanche 23 mars 2014

L'Usine à nu de Yan Marchand


L'Usine à nu est la dernière novella en date de Yan Marchand, publiée chez Griffe d'Encre

Prenons un personnage : un industriel. Autoritaire sans être dur. Intelligent sans être fin. Perdons-le dans sa cave, et donnons-lui un objectif : voir à nouveau la lumière du jour. Laissons-le errer quelque temps. Laissons naître du métal et de la pierre des êtres nus et grossiers, et ouvrons l’horizon sur des mondes faits de dortoirs immenses, d’usines improbables et de poussière humaine. Et secouons notre industriel !

Il est clair dès le départ que L'Usine à nu est un texte engagé. On se doute que le personnage principal sera malmené, mais quelle forme exactement va prendre son supplice ?

Le talent de Yan Marchand dans cette novella, c'est de réussir à instiller une tension dès le début du livre. C'est presque immédiatement étrange. Un homme, un industriel imbus de sa personne et égoïste, va se perdre dans sa cave, qui semble ne plus avoir les dimensions qu'elle devrait. Il va vite y retrouver Ophélie, sa domestique, et ancienne amante, perdue elle aussi dans ce noir complet. Soudain une lueur va les attirer, et ils vont se retrouver dans une usine vide, peuplée de semblant d'humains... Et vont être séparés. C'est là que ça devient plus qu'étrange.

L'Usine à nu est une sorte d'expérience philo-sociologique qui m'a fait penser au Park de Bruce Bégout, avec sa notion de parcage, de lieu froid, sans issue. On y croise un peuple qu'on peut qualifier de primitif, qui par l'interaction plus ou moins voulue de Bayle, sorte de Prométhée malgré lui, va se mettre à évoluer, en commençant par s'affronter par manque de nourriture, puis à former des groupes armés, avec des chefs, des soldats et des esclaves, et ainsi impulser des cultures différentes, toujours dans cet univers clos et oppressant.

La relation à l'autre est également centrale. L'autre est différent mais pourtant si semblable...

Finalement, que représentent ces "hommes" et que font-ils là ? Sont-ils des travailleurs d'usine comme cela est suggéré dès le début, puisqu'ils semblent ne faire que reproduire les gestes ouvriers, puis manger et dormir, par automatisme ? Sont-ils une métaphore de ces poulets nés, élevés en batterie, ne voyant jamais le jour, qui peuvent même finir par devenir cannibales ?

Pour résumer, dans L'Usine à nu, Yan Marchand, docteur en philosophie, nous propose une réflexion autour de l'industrie. Sa novella est engagée, originale et sombre. L'univers dépeint est dur, froid et cauchemardesque. Je pense que j'aurais mieux apprécié ce texte en ayant de meilleures notions en philosophie et en sociologie, mais ça se laisse lire.


L'Usine à nu est en souscription jusqu'au 30 mars 2014.


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