dimanche 24 novembre 2013

Réalité 5.0, anthologie SF aux Editions Goater

Réalité 5.0 est une anthologie parue aux Éditions rennaises Goater qui inaugurent ainsi une collection SF dirigée par Antoine Mottier. On y retrouve cinq nouvelles écrites par Thomas Geha, Elena Avdija, Sébastien Degorce, Aliette de Bodard et Jean-Marc Agrati. Pour ma part, trois noms me sont connus : Thomas Geha, un de mes auteurs doudou, Jean-Marc Agrati, précédemment publié chez Dystopia, et bien sûr Aliette de Bodard qui a reçu le Prix Locus et le Prix Nébula pour Immersion, texte présent dans cette anthologie.

On commence la dégustation (c'est le cas de le dire) par Ma Douce Colombine de Thomas Geha, une nouvelle SF qui commence d'une manière assez énigmatique. Un homme que l'on suppose bon vivant, et totalement obèse, nous raconte à quel point il se délecte de la vie de pacha qu'il mène. Puis flashback, retour sur son enfance riche mais pas très heureuse, son adolescence bien pire, sa découverte biaisée de la sexualité par le porno sur le net et son organisation d'orgie à domicile qu'il observe derrière un miroir sans tain, ayant honte de sa corpulence. Toujours derrière son "écran", toujours caché. C'est lors d'une de ces "fêtes" qu'il aperçoit pour la première fois une femme dont il tombe vite amoureux. Acceptera-t-elle de le rencontrer virtuellement ? Une nouvelle d'abord déroutante mais qui livre peu à peu ses secrets et prend son sens. Joli !

Vient ensuite le texte Les Passerelles d'Elena Avdija, un post-apo parisien sous dôme, somme toute classique, mais agréable à lire. Les Dômiens utilisent les Extérieurs vivant dans la radioactivité, malades, presque mutants, pour leurs travaux d'extension du Dôme, mais la révolte gronde... J'ai bien aimé la construction de la nouvelle qui nous offre trois points de vue différents : une Dômienne, un(e) Extérieur(e) (qui n'a pas vraiment de sexe défini, d'ailleurs l'auteure invente le pronom "ille") faisant partie de la "résistance", et une Extérieure qui travaille pour les Dômiens. Classique mais efficace.

Aliette de Bodard a donc reçu Les Prix Locus et Nebula en 2012 pour sa nouvelle Immersion écrite en anglais, puis traduite en français. La version VO est disponible en ligne. C'est un texte autour de la technologie, de notre dépendance à celle-ci et aussi du trop grand intérêt que nous portons à l'apparence et aux modes. Étonnamment, j'ai des souvenirs assez visuels de cette histoire : un resto asiatique, deux hommes qui négocient, une serveuse (la nièce du restaurateur) qui observe attentivement la femme du second homme dont l'immerseur, petit appareil destiné à vous faire vous sentir mieux en société (apparence modifiée et "améliorée", réalité augmentée), semble avoir une totale emprise sur elle. Un texte qui se déroule sur un temps très court, qui dit beaucoup de choses, qui comporte deux points de vue, dont un utilise le tutoiement. Intéressant, mais vraiment pas ma nouvelle préférée de l'anthologie. (D'autres textes de l'auteure dispo en ligne.)

La nouvelle de Sébastien Degorce s'appelle Plastique. Je dois dire qu'elle m'a fait une grosse impression, je me demande même si je n'en ai pas ensuite rêvé ! Retour en Île de France dans le futur. Une épidémie mystérieuse sévit, les personnes atteintes sont parquées plus ou moins de leur plein gré dans une Cité hermétique. Nous suivons un couple, découvrons comment ils sont arrivés là, et qui ils sont. Un épisode de rêve assez fort se passe dans un magasin où les mannequins (en plastique donc) attaquent le personnage principal (ça m'a fait penser à Doctor Who d'ailleurs). Au final c'est un texte où la violence monte crescendo, et dans lequel l'auteur dénonce certaines décisions politiques faites au détriment du peuple, sans compter une fin Ô combien flippante. J'ai bien accroché !

Et enfin, le seul l'unique Jean-Marc Agrati, déjà publié chez Dystopia, nous propose Une Petite mayonnaise de pur plaisir. On ne sait pas grand chose de notre narrateur, à part qu'il vit en reclus avec son IA domestique et son sexbot d'Adriana Karembeu. Cet homme passe son temps à décortiquer les méfaits commis à l'extérieur de son appartement, sur une place. Puis un jour, il finit par se demander comment intervenir (ou comment faire partie de l'action...). Avec son franc-parler, Agrati nous livre un texte trash tout à fait jubilatoire.

Pour résumer, Réalité 5.0 aux Éditions Goater contient cinq textes SF de qualité, de Thomas Geha, Elena Avdija, Sébastien Degorce, Aliette de Bodard et Jean-Marc Agrati. Entre technologie, post-apo et trash, je m'y suis bien retrouvée. Les quelques coquilles ne m'ont pas rebutée. Voici une anthologie courte et fort plaisante que je vous conseille !


Lecture n°9 dans le cadre
du challenge Francofou
Lecture n°62 dans le cadre
du challenge Je lis des nouvelles et des novellas

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