mardi 9 août 2016

☆ Audience captive d'Ann Warren Griffith

Audience captive est une nouvelle d'Ann Warren Griffith rééditée chez Le Passager clandestin dans la collection Dyschroniques. J'en ai entendu parler chez Efelle, puis l'ai croisé en librairie, et ne me suis pas privée pour 5€ (cela dit c'est 20 mn de lecture, max 30 je pense).

Qu’il fait bon vivre dans l’Amérique des époux Bascom. Maman est à sa place, dans sa belle cuisine, aidée dans ses tâches par des messages publicitaires qui lui disent quand et avec quoi remplir son frigo. Il y a les deux magnifiques enfants de la maisonnée, totalement accros aux jingles délivrés par leur boîte de céréales préférées. Et puis il y a Papa, qui travaille avec tant de fierté pour la Société de Ventriloquie Universelle des Etats-Unis, fleuron de l’Amérique, pourvoyeuse de bonheur et chien de garde du devoir constitutionnel à consommer ; Papa qui déborde d’imagination pour faire acheter ses concitoyens. Et personne ne peut échapper à cette fièvre acheteuse institutionnalisée. Personne, sauf Grand-mère, qui sort de prison, une vraie terroriste qui a refusé de se laisser bouffer par la publicité et qui débarque chez les Bascom. Mais est-elle vraiment décidée cette fois à subir le matraquage que son gendre souhaite lui imposer à elle comme à tout le pays ?

Audience captive est une nouvelle écrite en 1953. L'auteure y dépeint une société de consommation à l'extrême, dans laquelle chaque objet contient un disque qui va émettre au moment opportun un message publicitaire audio. Imaginez votre paquet de céréales presque vide qui vous rappelle que vous devriez refaire le plein, votre paquet de cigarettes qui vous demande d'en griller une, votre bouteille de cola qui vous impose quasiment d'en boire un verre... Et on ne vous raconte pas la visite au supermarché !
Dans la famille Bascom, le père travaille pour la VU, la société de Ventriloquie Universelle, qui détient les contrats avec les marques et crée les messages publicitaires. La femme, au foyer évidemment, est harcelée en permanence par ses produits ménagers et alimentaires pour être (et rester) la bobonne à son mari l'épouse et la mère idéale, sans avoir aucun moment pour réfléchir à quoi que ce soit par elle-même. Les enfants sont totalement endoctrinés. Mais dans le tableau, il y a la grand-mère, dont tout le monde a honte : elle sort de 5 ans de prison, parce qu'elle avait enfreint la loi et est considérée comme une terroriste. Et elle vient s'installer chez les Bascom...

Cette nouvelle à chute est courte et excellente. Ann Warren Griffith y analyse de façon pertinente l'évolution du marketing à son époque, où l'on employait notamment des messages subliminaux et toutes sortes de joyeusetés dont nous parle la postface, comme toujours fort éclairante dans la collection Dyschroniques. Cette dystopie possède un ton bon enfant mais confine au cauchemar, ce qui la rend particulièrement marquante !

Audience captive a été traduite en 1953 pour le numéro 2 du magazine Fiction sous le titre Auditions forcées à perpétuité, avant d'être reprise dans la collection de La Grande anthologie de la science-fiction dans Histoires de demain en 1975.

Pour résumer, Audience captive d'Ann Warren Griffith est rééditée chez Le Passager clandestin dans la collection Dyschroniques. Courte et efficace, c'est une nouvelle à chute dystopique mettant en scène une famille dans une société du marketing à outrance, dans laquelle les messages publicitaires sont diffusés en permanence par tous les objets du quotidien. Elle confine au cauchemar, le tout sur un ton bon enfant ce qui la rend particulièrement marquante ! Le contexte est ensuite éclairé par la postface qui va bien. Excellente lecture.

Audience captive
d'Ann Warren Griffith
Le Passager clandestin - Dyschroniques - 2016
Précédemment dans Histoires de demain - 1953/1989 sous le titre Auditions forcées à perpétuité
50 pages
Papier : 5€
Titre original : Captive audience - 1953

10 commentaires:

  1. Ah s'il croise mon chemin je me laisserais tenter !!

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  2. Ah, cette nouvelle m'intrigue !

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  3. Ca a l'air pas mal, à voir si je me laisse tenter vu la longueur du texte....

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    1. Elle est courte. Mais vraiment bonne

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  4. Va vraiment falloir que je la lise celle-là !

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  5. Ça y est, je l'ai lu !
    Mon ressenti en un mot : horrible !

    Pour remettre dans le contexte, je n'ai pas la télé, j'ai des bloqueurs de pub sur mon ordi et j'écoute des stations de radio sans pub. Autant dire que je suis très peu confrontée aux réclames dans ma vie quotidienne (et que j'adore ça).
    À cela s'ajoute le côté "vous êtes obligé de subir, on contrôle votre vie" qui, lorsque je lis ça dans un roman et m'imagine à la place des personnages, me donne très souvent envie de taper sur tout ce qui bouge et de pousser des cris de rage.

    Bref : je suis bien contente d'avoir gagné ce livre :D

    Et si l'enfer existe, il pourrait ressembler pour moi à la future vie de la grand-mère.

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    1. Les bloqueurs de pub c'est la vie ! Contente que ça t'ait plu, cette nouvelle est excellente et flippante !

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