mercredi 9 mai 2018

Sleeping Beauties d'Owen et Stephen King

"Quel mal y avait-il à peloter une nana ici ou là ? Ah, nom d'un chien, jadis, si vous ne mettiez pas une main aux fesses à une serveuse, elle était déçue ; et si personne ne sifflait une femme dans la rue, elle se demandait pourquoi elle s'était donné la peine de se faire belle. Elles se faisaient belles pour se faire draguer, c'était un fait. A quel moment la gent féminine avait-elle changé du tout au tout ? Sous le règne du politiquement correct, vous ne pouviez même plus faire un compliment à une femme. Et donner une tape sur les fesses ou palper un nichon, qu'était-ce donc, sinon une forme de compliment ? Il fallait être vraiment idiot pour ne pas comprendre ça."

Sleeping Beauties est un roman fantastique coécrit par Stephen King et son fils Owen (oui, pas Joe Hill, l'autre fils !) paru chez Albin Michel. Le titre fait évidemment référence au titre du conte des frères Grimm, lui-même tiré de La Belle au bois dormant de Perrault, sauf que cette fois ce n'est pas une princesse mais toutes les femmes (sauf une) qui sont plongées dans un profond sommeil. Voici un texte résolument féministe et dans la droite lignée de la production Kingienne.

Un phénomène inexplicable s’empare des femmes à travers la planète : une sorte de cocon les enveloppe durant leur sommeil et si l’on tente de les réveiller, on prend le risque de les transformer en véritables furies vengeresses.
Bientôt, presque toutes les femmes sont touchées par la fièvre Aurora et le monde est livré à la violence des hommes.
À Dooling, petite ville des Appalaches, une seule femme semble immunisée contre cette maladie. Cas d’étude pour la science ou créature démoniaque, la mystérieuse Evie échappera-t-elle à la fureur des hommes dans un monde qui les prive soudainement de femmes ?

La première chose que j'ai envie de souligner est que très sincèrement, et j'espère qu'Owen King ne se vexera pas en lisant ma chronique (bien sûr), c'est qu'on aurait pu me dire que Stephen King avait écrit ce roman tout seul, je l'aurais cru sans souci. On nage dans son univers, il y a des clins d’œil un peu partout (une Mercedes écrase un chat, la "méchante" Evie est la Reine Noire - un pendant féminin de L'Homme en Noir ? - Evie se surnomme également la It girl en insistant bien, et sûrement pas par hasard...) bref soit Owen écrit exactement comme son papa, soit il a seulement été là sur le plan des idées (mais comme son père ne l'a pas attendu pour être féministe, je ne peux objectivement pas dire lesquelles).


Du coup, l'intrigue est sympa, sur un schéma familier du King, avec une épidémie mystérieuse comme dans Le Fléau, mais qui ne tue pas, semblant mettre les femmes dans une sorte de stase. Idem pour le style d'écriture, c'est dynamique, on n'a pas envie de poser le livre. Autrement dit, c'est hyper confortable à lire, que ce soit pour le néophyte qui découvrirait le King ou pour ses plus grands fans.

Je dois bien avouer que ce qui m'a le plus marqué est forcément le côté féministe du roman. Cette maladie qui ne touche que les femmes résonne comme le sexisme subi par elles (nous) et si peu compréhensible par les hommes qui bien souvent (au mieux) minimisent les choses.


Dans Sleeping beauties, on croise tant des hommes que des femmes. On se trouve dans la tête des un(e)s et des autres. On suit par exemple le cheminement de pensée des hommes, et c'est très intéressant. Cela va du père parfois violent qui rejette toujours la responsabilité sur les autres, au psy sympa mais qui a des soucis avec sa femme (la shérif) en passant par le chirurgien esthétique très gentil (et drogué) mais qui continue à voir les "défauts" qu'il pourrait corriger chez les femmes... Chacun se trouve toujours une excuse pour son comportement, quel que soit le degré de ce qu'il fait subir aux femmes. Pourtant un de ces hommes va recevoir la mission de sauver Evie, et peut-être ainsi toutes les femmes...


Côté personnages féminins, la shérif domine avec Evie, mais on rencontre aussi une gardienne de prison, une prostituée droguée et beaucoup de prisonnières (puisque la majorité du roman se passe dans une prison pour femmes), avec toute la galerie de personnages secondaires qui permettent au King de représenter une bonne partie de la société dans une toute petite ville.

Évidemment le monde va vite partir en cacahuète face à cette maladie inconnue et implacable, et pas toujours de la façon à laquelle on s'attendait. 

Avec tout ça, autant dire que ça se lit tout seul, alors n'hésitez pas à foncer, pour cet été ce sera une lecture idéale. Pour un extrait, c'est ici !


Le King sur le blog

Sleeping beauties
de Stephen et Owen King
Albin Michel - Mars 2018
827 pages
Traduit par Jean Esch
Papier : 25,90€ / Numérique : 17,99€ / Audio (en juin 18) : 29,90€
Titre original : Sleeping beauties - 2017


6 commentaires:

  1. Ca fait une éternité que je n'ai pas lu de Stephen King, mais celui-ci à l'air sympa !

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  2. Un monde sans femme, Tentant.
    Plus qu'à supprimer les hommes pour qu'il devienne parfait !

    Je ne suis pas un fanatique du King (pas taper) et même si pour moi homme=femme (ou l'inverse), tout ce "féminisme" actuel commence à m'énerver. Mais bon, d'ici l'été, pourquoi pas, et ma médiathèque numérique devrait l'avoir d'ici là.

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    1. Moi il me fait du bien ce féminisme ;-) on a le droit de pas être fan du King, juste faut arrêter de me parler maintenant :p :p :p

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  3. 2 raisons de lire ce bouquin : le sujet + king :p

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    1. Et oui. Et tu as raison, la meilleure raison de lire King, c'est King :p

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